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AXELLE RENOIR
INTERVIEW
Que se passe t il à Rennes pour
qu'autant d'artistes soient originaires de cette ville, ce sont les infrastructures,
l'ambiance ?
Il n'y a pas tellement d'infrastructures, il y a beaucoup de pubs où il y a de la musique
c'est vrai, mais c'est surtout une ville très étudiante. Et
puis il y a une culture qui est née de la période des années 80, Marquis de Sade, Marc
Seberg puis Etienne Daho... Donc c'est vrai qu'il y a eu une culture rennaise qui s'est
installée à ce moment là et qui s'est perpétuée après, à travers les générations
étudiantes. Je crois que c'est une des villes de Bretagne les plus riches d'étudiants.
Tu as donc vu Etienne a ses
début ?
Oui, j'ai connu l'époque où Daho a commencé, j'étais au lycée à ce moment là à
Rennes. Je l'ai vu sur scène, comme j'ai vu justement aussi Marc Seberg.
Toute petite, tu voulais
être chef d'orchestre ?
Oui ! (rires)... une idée qui n'a pas duré longtemps !
Pendant toute ton
adolescence tout de même !
Oui, j'ai toujours aimé l'orchestration.
Pourquoi ? c'était le fait
de mener les gens à la baguette ?
Ah ! Oui ! C'était un fantasme ! (rires)... Non, pas du tout, c'était l'idée que la
musique est un ensemble avec plein de couleurs différentes et que ces couleurs là
peuvent être des instruments. J'ai une vision de la musique qui est assez picturale. Donc
être chef d'orchestre, c'était un rêve, c'est pouvoir justement diriger chaque couleur
afin que cela fasse un tableau le plus harmonieux possible. C'est l'idée de donner une
touche personnelle à quelque chose.
Comment est arrivée cette
passion pour la musique dans ta vie ?
Ma grand-mère était très branchée musique. Elle chantait dans les bals. Je crois que
ça vient de là certainement. On est pas une famille de musiciens, mais une famille qui
aime beaucoup la musique. J'écoutais en fait pas du tout de musique classique, mais
plutôt de la variété, de l'accordéon...
Une enfance perturbée ?
Oui ! Pas mal ! Mais c'est bien d'avoir une adolescence perturbée, ça évite de faire
des bêtises par la suite. Disons que ça me rend calme d'en avoir fait déjà un certain
nombre !
Pourquoi être venue à
l'électronique ?
Toujours cette envie de recherche. Je ne vois pas pourquoi on se priverait de tout ce qui
peut exister, des nouveaux sons, des nouvelles façons de travailler sous prétexte qu'on
fait de la Pop. C'est très difficile d'écrire sur des machines, donc c'était aussi un
challenge par rapport à l'écriture. Les instruments rendent toujours un côté plus
humain à la Pop et dès qu'on essaye d'écrire en français, qui n'est pas une langue à
laquelle on est habitué dans ce genre de musique, c'est vraiment une prise de tête
incroyable. C'est vrai que pour le prochain album, je suis un peu revenue à mes
premières amours, ça va être beaucoup plus Pop, toujours ouvert au monde électronique,
cela va agrémenter les arrangements, mais ça ne reposera pas la dessus.
De quels instruments
joues-tu ?
Du clavier, un peu de guitare, de l'accordéon quand j'étais petite, beaucoup
d'instruments... et de la baguette magique !
Ton rapport avec les textes
? Cela te rebute toujours un peu ?
Sur le deuxième album, j'ai écris la plupart des textes avec Sylvie Bonnet, et sur le
troisième, j'en ai écris encore plus, et seule. Donc ça ne me rebute pas du tout.
J'apprends en fait au fur et à mesure. Au contraire, plus ça va, plus j'aime ça ! Je
pense qu'il fallait que je passe par la confiance des autres pour arriver à écrire. A
partir où les gens te font confiance, ça libère certainement des choses que tu caches.
Ces auteurs t'ont
influencé sur ta façon d'écrire aujourd'hui ?
Non, mais c'est vrai que je suis allée vers des gens que j'aimais. Ma manière d'écrire
n'est pas à l'opposé de ce qu'ils m'ont proposé.
Ou trouves-tu ton
inspiration ?
Tout m'inspire. Ca peut être un article, une chanson, une rencontre, un moment de
réflexion, un livre.... tout, à partir du moment où c'est basé sur l'émotion. Tout
est sujet à écrire de toute façon. Après le plus difficile, c'est de structurer par
rapport à une chanson.
Tu donnais tout de même un
thème aux auteurs ?
Oui, ça m'est arrivé.
Tu n'as jamais eu de
retouche à faire ?
Si ! Tout le temps (rires)... Parce que je suis très emmerdeuse ! Donc il m'arrive même
parfois de demander aux gens de les recommencer et même de les jeter !
Où en es-tu dans
l'élaboration de ton troisième album ?
Je suis en phase d'écriture, et ça se passe très bien ! On en est aux maquettes encore.
J'écris de plus en plus de textes, peut-être aussi parce que je suis de plus en plus à
l'aise avec ma voix, ça libère aussi une forme d'expression. Et puis travailler avec les
Valentins, c'est un vrai bonheur, on est très complémentaires. On se connaissait depuis
très longtemps, mais on avait jamais vraiment songé à travailler ensemble. On s'est
retrouvé un jour par hasard. C'est une vraie rencontre artistique en tout cas.
Le troisième album, on dit que
c'est celui de la maturation....
Effectivement, on ne fait pas le même album à 20 ans qu'à 30 ans. C'est surtout une
question de vécu. Mais je pense que celui là il est mûr, oui.
Avoir changé de maison de
disque, ça fait aussi partie de ce sentiment ?
Ca fait du bien aussi. C'était dur parce qu'on ne se comprenait pas au niveau artistique.
C'est difficile de lutter tout le temps contre des gens,
ça sert à rien, donc autant partir et chercher des gens avec qui on se comprend et puis
ça fait du bien de changer.
Rose est sorti depuis
maintenant 2 ans... quel regard as-tu sur cet album ?
Une très belle vision. C'était une superbe aventure. C'est un album qui a été très
mal accueillit en règle générale, sauf finalement par le monde techno, ce qui est assez
rigolo. Je pense que c'est un album qui allait loin dans un certain nombre de recherches
personnelles... c'est un album très personnel en fait. Rose est un album charnière, je
le ressens vraiment comme une étape importante qui va aboutir à quelque chose de plus
libéré sur le 3ème album.
Et sur le 1er ?
Un album frais ou seuls l'amusement et l'imagination primaient. Je me suis posé aucune
question. J'ai fait ce que j'avais envie de faire... avec un peu moins de satisfaction sur
les textes.
Quel rapport as-tu avec
l'image ?
J'aime beaucoup l'image. J'aime les images fortes. J'adore la photo. Je te parlais de
peinture tout à l'heure, c'est vraiment quelque chose qui me touche beaucoup.
Quel style de peinture ?
Surréaliste plutôt. Je trouve que l'image et la peinture ont vraiment un rapport direct
avec la musique. J'ai le même rapport à l'émotion. A la fois il y a des règles et à
la fois il n'y en a pas. Seul ce que tu vas mettre dedans fera passer une émotion ou pas.
Ce n'est pas comme les mots. A partir du moment ou tu poses un mot, tu crées une action,
quelle qu'elle soit, même si elle est absurde, elle existe. La musique, c'est pas
totalement réel. A la fois tu es dans une science et à la fois cette science est
infinie, donc tu peux en faire le meilleur comme le pire.
Comme à chaque fois que tu
regardes un tableau ou écoutes une chanson et que tu trouves une émotion différente ?
Exactement. C'est un rapport très particulier avec la musique que je retrouve nulle part
ailleurs.
On va aborder le sujet
Victoires de la Musique...
Ah ! (Elle sourit en baissant la tête)...
Tu étais aux côtés
d'Ophélie Winter et de Stephend, tu te sentais bien à ta place au milieu de ces deux là
?
Ca a un côté surréaliste tout de même.
Ah ? Alors tu devais bien
aimer ?
En fait, j'ai pas eu le choix. On te dit "il faut y aller". Et on te met une
telle pression que tu finis par y aller, et puis une fois que tu y es, tu
regrettes d'y être généralement ! Je ne suis pas du genre à cacher mes sentiments.
Quand je n'ai pas envie d'être là, ça se voit ! Et ça ne sert pas ce genre de trucs...
Donc je ne me vois pas en train de refaire ça.
Stephend remporte la
Victoire... Quel était ton sentiment à ce moment là ?
Tu as un peu un sentiment d'humiliation. A la limite, si j'avais perdu contre Ophélie
Winter, j'aurai trouvé ça normal par rapport à la notoriété
qu'elle avait. Stephend, c'était tellement n'importe quoi... j'avais honte, pas pour moi,
mais plutôt pour ce métier. Et tu te dis "mais pourquoi c'est tombé sur mes pompes
?", et puis après, tu rigoles. C'est pas grave...
Comment et quand as-tu
connu Internet ?
Je travaille sur des ordinateurs depuis longtemps. Au moment ou s'est sorti, je suis tout
de suite allé voir ce que c'était.
Quand tu surfes, tu
cherches quoi ?
Tout ! Ca me sers aussi pour dialoguer avec mes amis qui sont à l'étranger. Et puis pour
chercher ce que je vais faire ce week-end, où je vais aller, si j'ai envie d'acheter des
CD quand je n'ai pas envie de me déplacer, ou des bouquins, des infos, aller voir les
sites des artistes que j'aime bien.
A savoir ?
J'adore le site de Bowie.
L'évolution de la musique
via Internet ?
Je crois qu'on a un peu surestimé l'évolution rapide d'Internet. Je pense que ce n'est
pas aussi simple, même si c'est génial pour tous les jeunes, mais ça dépends aussi
beaucoup du milieu social, puisque malgré tout, tout le monde n'a pas d'ordinateur à la
maison. Je viens d'un milieu assez modeste, quand je rentre dans ma famille en Bretagne,
on en est encore très très loin. Internet, bien évidemment c'est l'avenir, mais il va
falloir encore un peu de temps avant que ça rentre comme un outil de tous les jours.
La musique sur le net via
les grosses industries du disque, c'est de là que les choses vont bouger à ton avis ?
J'aimerai que ce ne soit pas le cas, mais je ne me fais pas trop d'illusion la dessus,
donc je pense que ce sera le cas. Ce qui est dramatique, comme à chaque fois qu'un
nouveau média se crée, c'est que pour que les gens viennent voir ton site, ces gens là
ont beaucoup plus de pouvoir d'attirer un maximum de personnes qu'ils vont choper par de
la pub un peu partout. Alors que le site du passionné n'aura pas les moyens de le faire.
La puissance économique de ces gens là, tu ne peux pas la nier, donc ils vont regagner
du terrain par rapport à ça c'est sûr.
Tu te sens proche de qui
musicalement ?
D'une pop assez anglo-saxonne, plus proche de Bowie qui reste une référence de base. Ces
gens qui ont fait de très belles chansons et sont allés chercher des choses, qui ne sont
jamais restés dans leurs habits guindés. J'aime ceux qui se remettent en question.
Bowie... c'est vieux tout
ça !
Maintenant je me sens plus proche d'une Pop comme celle de Fiona Apple. Une Pop qui est
presque plus proche de la chanson, avec des arrangements assez épurés. En fait c'est
très éclectique, je peux craquer aussi pour un album de techno. Je ne suis pas une fan
dans l'âme, je trouve que les artistes ne sont pas intéressants tout au long de leur
vie... enfin pour moi... à la limite, d'autres gens pourront les trouver intéressants à
ce moment là. Donc je ne suis pas fixée sur un courant ou une mode. J'aime bien des
albums précis sur des artistes que j'aime... ça peut changer !
Et en français ?
J'adore M. J'aime bien écouter ça chez moi. Pas forcément musicalement, mais je trouve
qu'il a un sens de l'écriture du texte qui est assez
impressionnant, et je pense que ça va se développer avec les années. Je ne suis pas
très branchée musiques Inrockuptibles... J'aime pas la Pop triste, ça m'emmerde
profondément ! T'es obligé de prendre du Prozac en écoutant leurs disques... ça manque
d'un truc un peu moins torturé... un peu plus d'émotion, ce serait pas mal.
Pourquoi cette reprise de
Nico ?
J'adore la voix de Nico. J'aime bien le Velvet. C'est une chanson que j'écoutais quand
j'étais petite.
Tu composes pour d'autres
artistes ?
Pour l'instant non. On m'a proposé certaines choses, mais j'étais un peu envahie depuis
huit mois par le 3ème album. Mais je vais peut-être le faire...
Tu voulais aussi faire des
musiques pour le cinéma ?
Oui, j'aimerai bien faire une B.O. Ca m'amuserait bien, toujours pour ce rapport à
l'image que j'aime bien.
Pourquoi ne pas passer le
cap ?
Tu sais... tant que tu n'as pas écrite une B.O., on ne t'en demande jamais, et le jour
où tu en fais une, on t'en demande dix. C'est l'éternel problème de ce métier et de ce
pays en général.
Le Sida. Pourquoi défendre
cette cause tout particulièrement ?
Parce que beaucoup de mes amis sont séropositifs, parce qu'un de mes meilleurs amis est
mort il n'y a pas très longtemps.
D'où est née l'idée
d'Ensemble ?
Elle est venue à l'occasion d'une discussion avec Line Renaud. C'était il y a 3 ou 4
ans. Elle était très triste après le Sidaction qui avait un peu foiré, parce que les
gens d'Act-Up avaient craqué, ce qui était un peu compréhensible à l'époque. Elle
était désespérée du fait que beaucoup d'associations étaient en train de mourir en
province. On avait plus de fenêtre avec l'extérieur. Les télés ne voulaient plus
entendre parler d'une émission contre le Sida. Ensemble est né d'une idée de
reconstruire au moins un pont entre les médias et les gens. Une fois qu'on avait monté
le projet chez V2, V2 a contacté Pascal Obispo qui a apporté sa collaboration pour le
projet.
En même temps on a
l'impression que seul Pascal Obispo a eu les honneurs...
Mais c'est normal. Moi, je ne suis pas connue, les médias se jettent sur ce qu'ils vont
pouvoir vendre.
Tu as quand même eu un
sacré rôle dans ce projet...
Oui, mais en même temps, j'ai pas cherché. Je ne suis pas là pour faire ma pub sur le
Sida. J'ai fais ce que j'avais à faire par rapport à ce que j'avais envie de faire et ce
que j'avais envie de défendre. J'étais pas la pour défendre ma cause personnelle sur ce
projet.
Je ne t'ai pas vu à
Solidays l'année dernière...
Je n'étais pas invitée !
On a l'impression que
plusieurs entités se battent pour la même cause, mais se battent aussi entre eux...
Oui, il y a une espèce de lutte intestine, mais elle existe, on ne peut pas le nier.
Faire de la Pop maintenant,
c'est quoi ? s'engouffrer un peu dans le milieu underground ?
Les choses tournent, tout est cyclique. C'est pas m'engouffrer parce que je n'ai pas envie
d'aller dans un petit cube. Je préfère au contraire essayer de donner un maximum de
choses pour que les gens reviennent. Mon objectif tend vers l'élargissement. C'est
beaucoup plus difficile aujourd'hui d'aller vers les gens, de faire comprendre qu'il y a
des manières différentes de s'exprimer dans la chanson française, et pas seulement en
faisant des chansons idiotes. C'est beaucoup plus difficile de créer ça que de
s'enfoncer dans un élitisme. J'espère qu'on arrivera à fédérer un peu plus autour de
ce qu'on aime.
Tu as voyagé ?
J'ai pas mal bougé en Asie, aux Etats-Unis...
Ca a changé quelque chose
pour ta musique ?
Forcément, car pour écrire, il faut être plein d'un tas de choses, et pour ça, il faut
vivre, et vivre, ce n'est pas rester tout le temps avec les
mêmes gens, dans la même communauté. Il y a une vraie culture de groupe en France. Si
t'es un groupe, tu peux être rock, si t'es pas un groupe, tu peux être difficilement
rock.
Et quand on est une femme ?
Encore moins ! Ca fait partie de la logique culturelle française. Ca va changer, ça va
évoluer, mais ça prendra des années...
Isé (15/04/00)
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