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PRESSE
SCENE. Le chanteur retrouve l'Olympia à partir de ce soir et jusqu'à dimanche. La semaine dernière, Etienne Daho donnait à Colombes un avant-goût de ses six concerts parisiens. Il est apparu au meilleur de sa forme. Le rendez-vous d'Etienne DahoIL RETROUVE LA SCÈNE avec une joie non dissimulée. Etienne Daho, qui s'installe ce soir à l'Olympia pour six jours, s'est fait plaisir le 8 novembre dernier pour la première date de sa tournée française. Un concert en forme de répétition générale dans la conviviale salle des fêtes de Colombes où certains Parisiens, découragés par les tarifs de l'Olympia, avaient choisi de faire le déplacement. Entouré d'un voile de lumière, le Rennais apparaît au son d'" Ouverture ", titre de son excellent dernier album " Corps et armes ". La voix, nouée par le trac, a du mal à prendre le dessus, mais le crescendo final fait le reste. Toujours un peu crispé, le chanteur, tout de noir vêtu, enchaîne avec " Rendez-vous à Vedra ", entouré d'une formation de cinq musiciens : deux claviers, un guitariste, un bassiste et un batteur. Première pause et premiers sourires devant l'accueil enthousiaste du public : " C'est la toute première ce soir, lance-t-il aux spectateurs. Inutile de vous dire dans quel état on est, mais là, ça va mieux. "
Et même beaucoup mieux. Daho apparaît alors au meilleur de sa forme, alternant nouvelles chansons, " le Brasier ", " l'Année du dragon ", " la Baie ", et anciens titres illustrés par de superbes projections sur trois écrans disposés en fond de scène. Le chanteur balaie ses vingt ans de carrière avec une poignée de classiques choyés par toute une génération de trentenaires composant la grande majorité de son public. " Tombé pour la France ", " Epaule tatoo " et " Week-end à Rome " prennent un coup de jeune à grands renforts de techno hypnotique, façon de rappeler que l'artiste n'a pas attendu un quelconque effet de mode pour se frotter à la musique électronique.
Cette sélection de classiques paraît forcément réductrice à certains de ses fans, comme ce spectateur qui s'époumone à réclamer en vain " Bleu comme toi ". Mais au-delà des incontournables, Daho étonne surtout par son aisance sur scène, n'hésitant plus à mettre sa voix en avant. Cette voix tant brocardée, pas toujours parfaite, mais qui s'assume pleinement dans des versions impeccables de " Des heures hindoues ", " Duel au soleil " ou " Sur mon cou ", saluées par de longues ovations. La salle debout est aux anges et Daho, le sourire jusqu'aux oreilles, ne semble pas y croire. Une première réussie. Etienne Daho à partir de ce soir et jusqu'à dimanche à l'Olympia, 28, boulevard des Capucines Paris (IXe). Tous les soirs à 20 h 30 sauf dimanche à 17 heures. Places : 220 F et 305 F. Tél. 01.47.42.25.49. Complet vendredi et samedi. Première partie : Vanessa Daou.
Emmanuel Marolle - Le Parisien (14/11/00)
Les quelques cinq cents spectateurs de la salle de la Cité, ce 14 juin 1979 à Rennes, ne le savent pas mais le jeune homme qui vient d'entrer sur scène est paralysé par la peur.
Pourtant, alors qu'il vient à peine de commencer à chanter, la salle applaudit à tout rompre. Terrorisé, il quitte la scène incapable de terminer sa chanson. Entre Les Fils Dénudés De La Dynamo (!), nom de ce groupe, terminera sa prestation aux premières Rencontres Transmusicales sans lui. Dans les loges, Etienne Daho Jr reprend ses esprits sans comprendre la raison de son succès. Il apprendra quelques minutes plus tard qu'un individu vient de gagner son pari : traverser la scène dans le plus simple appareil. Le lendemain, même endroit, même heure, il assiste au triomphe de Marquis De Sade. Cette fois, c'est sûr, le public a fait son choix. Rassuré, Etienne Daho Jr peut reprendre une vie normale.
Disques 2 000
Etienne Daho naît le 14 décembre 1956 à Oran. Après un bref passage par Reims et Paris, sa famille s'installe à Rennes en 1965, ville où il passera une enfance rythmée par les goûts musicaux de ses parents. "Dès l'âge de trois ans, je connaissais des chansons par coeur. Ma mère était une fan d'Elvis et de rock en général. Mon père, lui, c'était plutôt le jazz et la chanson française". Au début des années 70, le jeune Etienne, par l'intermédiaire de ses soeurs plus âgées, découvre Motown, les Beatles, les Who, les Kinks et autres Rolling Stones. A l'école, c'est plutôt Hendrix, Janis Joplin et The Doors. Pourtant, il sait qu'il n'a pas encore trouvé ses héros.
L'année de ses quinze ans, chez un soldeur, il tombe sur un disque qui l'intrigue. D'une part pour sa pochette étrange, une banane, d'autre part par son prix élevé, un import. Il ne se remettra jamais des chansons de The Velvet Underground & Nico. "C'est par ce disque que j'ai découvert le rock" a-t-il coutume de rappeler. Sa seconde acquisition sera le premier album de Pink Floyd, Piper At The Gates Of Dawn, "celui avec Syd Barrett, un génie, un des mecs que j'admire le plus". En deux disques, Etienne Daho s'est découvert une passion qui ne le quittera plus : la musique.
Il se met alors à fréquenter assidûment la boutique branchée du coin, Disques 2 000, dont le vendeur le plus pointu s'appelle Hervé Bordier. Avec quelques amis, ce dernier monte en 1976 une association, Terrapin (nom emprunté au Madcap Laugh de... Syd Barrett), dans le but d'organiser des concerts dans la paisible Rennes, forte de ses 20 000 étudiants. Coup d'essai, coup de maître : 1 300 fans viennent applaudir Jacques Higelin à Villejean, la fac de lettres. Suivront Gong, Magma ou... Can sans parler des nombreuses projections, expositions ou autres "happenings" dont l'association est friande. Cette débauche d'activités trouve un écho favorable auprès d'une scène musicale qui ne cesse de se développer, dans le sillage de son groupe emblématique, Marquis De Sade, qui s'attache les services de Bordier comme manager. Une petite famille se constitue naturellement. Daniel Paboeuf et Philippe Herpin (auteurs de La Danse Du Marsupilami avec Sax Pustuls), Frédéric Renaud (co-fondateur des Nus avec Dargelos), Daniel Chenevez (alors ombre jaune et James Bond, futur Niagara), Serge Papaïl (alors Fracture et futur Marc Seberg), Richard Dumas qui jouera avec tout le monde avant de devenir un photographe reconnu, Pierre Fablet (le fou furieux de Dr No et principal artisan d'une publication arty et hautement influente à l'époque, Les Actualités Du Monde Libre), Marc "Tox" Géronimi, tous gravitent dans l'ombre de Marquis De Sade. Sans oublier Etienne Daho. "Je me souviens parfaitement de ma première rencontre avec le groupe. Bordier ne cessait de m'en parler et m'assurait que Philippe Pascal allait me plaire. J'avais été très impressionné par l'un de leurs concerts. Et puis, un matin, nous revenions d'Amsterdam, où j'étais parti avec une bande de copains : on était tous un peu dans le brouillard, il me présente Pascal. C'est vrai, il avait vraiment quelque chose d'intense".
Proche de l'autiste
A Rennes, les dernières années de la décennie 70 sont un peu folles. C'est l'époque du Paradize, un bouge transformé en discothèque branchée sous la houlette d'un DJ fou, Ronnie, et de deux cafés - l'Epée et les Beaux-Arts - devenus des lieux de rendez-vous de la petite bande. On y écoute autant Joy Division que Suicide, on danse sur les Talking Heads, on s'y extasie pour l'Expressionnisme allemand, on y disserte des heures sur Visconti mais aussi, et surtout, on y refait le monde en fumant - un peu - et en picolant - beaucoup.
C'est dans ce contexte qu'Etienne Daho entre à l'université, où il étudie naturellement l'anglais, passe une licence et, comme beaucoup d'étudiants, fait le pion. Rennes s'amuse, Etienne aussi. En quelques mois, il devient l'un des personnages central des folles nuits rennaises. "Pourtant, j'étais très réservé. Il fallait vraiment s'accrocher pour me parler. Je me sentais plutôt fragile et j'avais toujours un peu peur de me faire avoir. Pour beaucoup, j'étais assez proche de l'autiste"... Un autiste qui s'est découvert de nouvelles amours musicales : Hardy, Bardot, Astrud Gilberto, Ricky Nelson, Gainsbourg, Modern Guy, Marie Et Les Garçons ou Stinky Toys. "Elli était la plus belle chanteuse du monde. C'est en écoutant leur second album, le jaune, que j'ai eu envie de chanter. Le déclic". En décembre 78, il décide donc de fêter ses 23 ans en se faisant plaisir : il organise un concert des Toys à la salle de la Cité. "Je voulais les rencontrer, j'avais monté une association, Ellipse, juste pour les faire venir". Financièrement, le projet engouffre toutes ses économies : dix entrées payantes, cent personnes qui rentrent en force. Mais Etienne s'en fout. Il a permis à Marquis de Sade de jouer en première partie et a pu côtoyer ses idoles de près. "J'avais rencontré Elli, tu te rends compte ? Après le concert, on avait filé chez moi". Ce soir-là, Jacno convainc le timide Etienne de composer des chansons.
Une sorte de festival
Quelques semaines plus tard, tout ce que la ville compte de musiciens ne parle plus que du nouveau projet de Bordier : organiser une sorte de festival mélangeant tous les styles musicaux et toutes les audaces artistiques. Son nom : les Rencontres Transmusicales. Son lieu : la salle de la Cité, une maison du peuple recyclée salle de concerts. Son prix : participation libre (pour sa première édition, chaque spectateur a payé en moyenne 3,80 Frs). Ses dates : les 14 et 15 juin 1979. La première affiche regroupe - outre Entre Les Fils Dénudés De La Dynamo - Cisum, P.Brunnel Groupe, Anches Too Doo Cool, Oniris, le premier soir et Loukoum Maman, Fracture, TVC 15, Projectile, Excès de Zèle et Marquis De Sade, le second. Pour beaucoup, ce sera la première et dernière apparition publique. Trois groupes se font remarquer : Fracture qui ne joue pas, Marquis De Sade qui relève son potentiel et Entre Les Fils..., où l'on retrouve Daho - qui devait à l'origine chanter avec TVC 15, le groupe de Richard Dumas -, les Sax Pustuls au grand complet (Herpin, Paboeuf, Nicole Calloch) aidés par quelques copains - Christian Dargelos, Frédéric Renaud, Philippe Pascal, Pierre Fablet et une certaine Anne Claverie - pour un délire funk. Quoiqu'il en soit, en un week-end, le rock à Rennes est devenu réalité.
Une première démo
Dès le lundi suivant et pendant les deux mois d'été, Daho se lance à corps perdu dans la composition. Il enregistre une première démo à l'automne 79, avec l'aide de Richard Dumas à la guitare. On y trouve neuf titres dont Cowboy, Il Ne Dira Pas et Mythomane. La cassette commence à circuler dans Rennes. Elle est signée Etienne Daho Jr, "parce que mon père avait le même prénom". Il en profite également pour chanter pour la seconde fois en public à l'occasion d'un concert de soutien à Daniel Paboeuf pour l'aider à se racheter un sax neuf. Accompagné par Frédéric Renaud des Nus à la guitare acoustique, il interprète As Tears Go By, un morceau des Rolling Stones célèbre par Mariane Faithfull. Devant les réactions positives de plus en plus nombreuses, Daho part à Paris démarcher les maisons de disques. Nous sommes en 1980 et deux d'entre elles acceptent de le recevoir, Ariola et Ze Records. "A l'époque, Ze était à la mode pour avoir sorti Marie Et Les Garçons et Suicide Roméo. C'était Michel Esteban qui s'en occupait. Il avait aussi une boutique aux Halles, Harry Cover. Je vais donc le voir et il me propose aussitôt d'enregistrer un album aux Bahamas. J'ai préféré ne pas donner suite... (rires). Chez Ariola, je me suis fait jeter. On ne comprenait pas comment je pouvais me présenter avec une telle maquette". Mais tous ses efforts ne sont pas vain car Thierry Haupais, qui a produit Marquis De Sade, se montre très intéressé et conseille à Etienne d'enregistrer une nouvelle démo, plus présentable. Ce dernier souhaite auparavent tester ses morceaux en public. Il profite de la soirée annuelle des Actualités Du Monde Libre, le 25 juin 80, à la MJC La Paillette, pour interpréter, seulement accompagné d'une bande-orchestre, Il ne dira pas, Ton cinoche, Tu dors encore, Cowboy et Cette Histoire Commence. A peine rassuré, il conscent ensuite à enregistrer une nouvelle maquette en juillet, aux studios DB à Rennes, avec les musiciens de MdS, Franck Darcel (guitare), Thierry Alexandre (basse) et Eric Morinière (batterie). Cinq titres sont mis en boîte : Cowboy, Il ne dira pas, Mythomane, Tu dors encore et Encore cette chanson. Ils impressionnent suffisamment Haupais qui signe Daho sur son label CBH, pour un 45 tours qui ne verra jamais le jour. "Le plan de Haupais était simple : on enregistrait un single et il allait le revendre à une major. Bien évidemment, ça n'a pas marché et franchement, j'espère que ce disque ne sortira jamais".
Une bonne gueule
Pendant ce temps, à Rennes, Hervé Bordier a décidé d'organiser une seconde édition des Rencontres Transmusicales qu'il a jugé bon de déplacer en décembre. Bien évidemment, il programme Etienne, terrorisé à l'idée de remonter sur une scène. A force de travail, tout est pourtant prêt pour le 18 décembre. Ce jour là, la vie d'Etienne Daho Jr va basculer. Constituée des musiciens de Marquis De Sade et de quelques amis - Nicole Calloch, Christian Dargelos, Guillaume Israël de Modern Guy et Christine Angoujard aux choeurs -, la formation enchaîne sans temps mort ses quatre titres-phares et une reprise des Kinks, You Really Got Me. Pourtant Etienne est tendu. "Avant de monter sur scène, j'avais attrapé un hoquet qui ne m'a pas laché de tout le concert. Je chantais une phrase sur deux". Malgré cette gêne et la présence de Fracture, de James Bond, des Nuts, de Sax Pustuls et de Ticket (futur... Elmer Food Beat!), le concert est un triomphe. Seul Orchestre Rouge qui clôt les débats, ammené par Théo Hakola charismatique, conteste son succès. Daho, pour sa part, remarque le set des nantais de Private Jokes et plus particulièrement de son clavier, un certain Arnold Turboust. "Lorsque je l'ai rencontré la première fois, il était encore étudiant à Nantes. Il venait de temps en temps à Rennes parce qu'il avait collaboré au premier album de Marquis De Sade. Il avait une bonne gueule. Il dépassait tout le monde d'une tête et on ne voyait que sa tignasse blonde".
Bossa nova
Suite au succès de la seconde édition des Transmusicales, les médias s'emparent de Rennes et de ses groupes, de Daho et de ses chansons. Best et Rock'n'Folk se fendent d'articles dithyrambiques. Actuel va plus loin et consacre la couverture de son numéro de février 81 aux jeunes gens modernes de la capitale bretonne, Marquis De Sade en tête. Le groupe de Philippe Pascal vit pourtant ses derniers instants. Peu après la sortie de son second album, Rue De Siam, et un dernier concert en avril à Rennes, la formation explose. Ce même mois, l'ami Etienne devient la première signature de Virgin France. "Thierry Haupais venait d'y entrer et a tenu à me présenter à Patrick Zelnick. On se rencontre et je lui annonce que je veux enregistrer un disque de bossa nova parce que j'aime Astrud Gilberto. Il était horrifié (Rires). Mais d'un autre côté, mon énorme dossier de presse l'impressionnait et il aimait ce morceau, Cowboy qui, selon lui, pouvait casser la baraque".
La démission de Marquis De Sade va donc servir les intérêts de Franck Darcel et Etienne Daho. Le premier en profite pour débaucher Arnold Turboust, devenu son meilleur copain, Morinière et Alexandre pour lancer un nouveau projet, Octobre. Le second tient à sa disposition ses trois musiciens de prédilection pour enregistrer son premier album. Les quatre amis s'enferment donc à l'été 81 aux studios d'Auteuil à Paris sous la houlette de Jacno. "Je me suis battu pour travailler avec lui car Virgin voulait à tout prix que ce soit Steve Hillage ! L'enregistrement était parfois tendu... A cause de ma situation par rapport à Elli... Mais on a quand même sacrément rigolé. A l'époque, Jacno n'avait pas son permis et il nous promenait dans une espèce de voiture à trois roues qu'il conduisait comme un malade". Fin août, l'album est en boîte mais les mois suivants sont pour Daho financièrement difficiles. "Je n'avais vraiment pas un rond... Depuis que j'étais étudiant, je galérais au niveau fric. A Rennes, la journée, je travaillais chez un disquaire, Opus Disques, et le soir, j'étais DJ au Stanley. J'étais payé au pourcentage, une vraie connerie. C'était une boîte qui cartonnait parce que tous mes copains rentraient à l'oeil ! Inutile de te dire que je n'y ai pas gagné grand'chose. Alors je poussais les filles qui venaient me voir pour ma position de DJ à consommer. Elles me pariaient au champagne. Allait-il céder ? Bien sûr que j'allais céder mais il fallait qu'elles boivent un peu plus (Rires). Je passais un peu de tout : West Side Story, de la bossa, les groupes français de l'époque, tout et n'importe quoi, ce que j'aimais. Ca n'a pas duré très longtemps, un jour le patron m'a viré".
Première charette
Mythomane sort en novembre 81. Surprise, Etienne Daho Jr laisse place au seul Etienne Daho. "Ca a sauté au dernier moment lorsqu'Elli a fait la pochette. Il n'y avait pas de place pour junior et d'un coup, ça nous a paru tarte... A cette époque, Elli dessinait beaucoup. Elle collaborait à un journal qui s'appelait Annie Aime Les Sucettes où elle faisait des BD". Elli tient aussi une place de premier choix dans le coeur du jeune chanteur. Et la dédicace "For You", un clin d'oeil au second album des Stinky Toys, n'est pas destiné qu'au public... Le succès critique de ce disque est immédiat. Hervé Guibert lui consacre même une pleine page dans Le Monde. Mais les ventes ne suivent pas. A peine 1 000 copies seront écoulées. Ni la sortie en maxi début 82 et les quelques passages en radio de Il Ne Dira Pas, ni l'arrivée d'Arnold Turboust - qui a quitté Octobre - pour les rares concerts n'y changent rien. A Rennes, l'ambiance commence à se dégrader : Daho entre dans une période un peu trouble et part pour Paris. "J'habitais dans le 9ème. Je vivais du chômage avec 600 balles par mois... ce qui était un peu juste. Je suis donc revenu à Rennes à une époque où c'était redevenu sympa. Les journées suivaient un rythme immuable. On sortait, on se bourrait la gueule, on se couchait et on passait la journée suivante à parler de la veille. Ca a duré assez longtemps jusqu'au jour où je me suis dit que si on continuait comme ça, c'était fini. Un soir, ni une ni deux, on a tout entassé avec Turboust et Darcel dans une espèce de fourgonnette et on s'est tiré". Les trois amis prennent un appartement à Paris et commencent à écrire de nouvelles chansons. "Le Grand Sommeil en était une parmi les autres. Pourtant, avec Franck, lorsque nous avons commencé à la travailler, on a senti qu'elle était magique". Enregistré en juillet à Rennes pour un budget ridicule, le maxi sort au mois de décembre, date à laquelle Thierry Alexandre, suivant de près Eric Morinière, préfère se retirer. Sans que personne ne sache vraiment pourquoi, la chanson reçoit un accueil très favorable des radios. Le public suit et en quelques semaines, elle s'impose comme un tube. Heureusement car Virgin Angleterre commence sérieusement à mettre la pression sur sa filiale française. "Zelnick avait signé cinq ou six espoirs comme moi et strictement aucun n'a marché. Juste après Mythomane, il y a donc eu une première charrette et sans Le Grand Sommeil, j'étais de la suivante". Ce premier succès permet au trio de bénéficier d'un peu plus de temps et d'argent pour réellement s'atteler au deuxième album mais les premières frictions entre Turboust et Darcel apparaissent. "Entre Franck et Arnold, ça ne collait vraiment plus du tout. Moi, j'étais entre les deux. Darcel en a eu marre, il ne supportait pas Paris et il est retourné à Rennes"... Ces problèmes relationnels n'empêche pas Etienne Daho de s'accorder une pause le 21 juin 1983 pour participer à la première édition de la Fête de la Musique. Et ce jour là, preuve que les dissensions entre ses deux proches collaborateurs ne sont que passagères, Etienne, Arnold et Octobre interprètent Le Grand Sommeil et Swingin'London.
Une Vanessa d'aujourd'hui
Le travail reprend dès juillet. Daho et son équipe s'enferment au studio DB à Rennes pour y maquetter le nouvel album. A la rentrée, en septembre, tout s'accélère avec l'enregistrement d'un nouveau maxi, Sortir Ce Soir, et, à l'automne, du second album. La charmante Lio, rencontrée par l'intermédiaire de Alain Maneval, y participe. "Maneval a joué un rôle important dans ma carrière tout comme pour Marquis De Sade, Les Rita Mitsouko ou Bashung. Il a été d'un soutien extraordinaire. J'ai fait ma première télé avec lui dans Megahertz où j'avais chanté Cowboy. Un jour, j'étais reparti à Rennes assister à un concert de John Cale, il m'appelle. Il était en direct à la radio avec Lio et lui avait demandé si elle souhaitait me parler. A la fin de l'émission, on a échangé nos numéros de téléphone et de retour à Paris, nous nous sommes rencontrés. Nous étions allés boire un chocolat chez Angelina, c'était très mignon. Pour La Notte..., il me fallait une voix féminine, j'ai tout de suite pensé à elle. Elle est venue un samedi après-midi, elle avait mal à la gorge et une toute petite voix mais c'est ce qu'il me fallait. Son intervention apporte beaucoup de fraîcheur. J'étais très fier de travailler avec elle. A l'époque, c'était une star ! (sourire). Presque l'équivalent d'une Vanessa aujourd'hui"... Dans la foulée de Sortir Ce Soir, La Notte La Notte paraît en mai. Emballé dans une pochette signée Pierre et Gilles, Darcel se contente de produire, laissant les guitares à Xavier "Tox" Géronimi, déjà croisé au sein des farfelus Ubik. Outre la participation de Lio sur Week-end à Rome, cet album est également marqué par une reprise de Françoise Hardy. Et Si Je M'En Vais Avant Toi. Une nouvelle fois, les critiques sont positives, mais cette fois, les ventes commencent à décoller.
Chef de file
Début juillet, Daho s'envole pour les Etats-Unis suite à la sortie, par Cachalot Records, petit label dirigé par Eric Dufaure, d'une compilation vantant les mérites de la chanson française. Made In France révèle Le Grand Sommeil au public américain et permet à Etienne de jouer à la célèbre Danceteria de New-York aux côtés des Comateens. Le rennais se lie avec le trio. Peu après son retour en France, en septembre, Week-End A Rome est lancé sur le marché pour un nouveau succès. On commence alors à parler d'une pop à la française dont Daho serait le chef de file. Pour toute réponse, la nouvelle vedette se contente en décembre de suivre les Comateens sur leurs dates françaises en les rejoignant sur Get Off My Case, Cold Eyes et Deal With It. Cette année plutôt chargée et presque charnière s'achève par une première reconnaissance du milieu musical : il reçoit le Quartz de la chanson française dans la catégorie espoir. Nullement impressionné, ni ébranlé par la perspective d'une carrière qui s'annonce florissante, Daho poursuit son petit bonhomme de chemin. "Même lorsque j'ai commencé à être un peu connu, mon quotidien ne changeait pas. Avant que l'argent n'arrive, tu sais... Ce qui était positif, c'est que l'on écrivait des chansons et qu'on se marrait. Nous étions d'une naïveté effarante. Je ne me souviens pas d'une seule fois où on a tiré des plans sur la comète. Nous étions sans ambition". C'est donc en toute insouciance qu'il recovoque sa petite troupe dès janvier pour enregistrer un nouveau titre, Tombé Pour La France. A cette occasion, le différent Turboust/Darcel réapparaît. "Franck avait cette chanson en horreur. L'enregistrement ne s'est pas très bien passé. A cette époque, j'habitais avec Arnold, Franck était déjà retourné habiter Rennes et cette situation avait creusé un fossé".
Les cinq mois qui suivent ne lui laissent pourtant guère le loisir de régler le problème. En février, Daho réalise l'un de ses rêves : chanter avec Françoise Hardy. La rencontre a lieu à l'occasion du tournage d'une émission spéciale des Enfants du Rock où ils interprètent Et Si Je M'En Vais Avant Toi. Tombé Pour La France sort le 4 mars 1985. Le lendemain, Daho s'embarque pour sa première tournée hexagonale. Au programme seize dates dont l'Olympia le 18, puis Liège et Bruxelles. Darcel n'est pas du voyage. En avril, Etienne reçoit le Bus d'Acier, plus haute récompense pour un artiste rock dans notre pays. En mai, il grave deux nouvelles reprises, Chez Les Yé-Yé de Gainsbourg et Arnold Layne de Pink Floyd. Il en profite également pour réenregistrer son duo avec Françoise Hardy. Enfin et pour finir, le sujet des Enfants Du Rock, intitulé Cow Boy, est diffusé en juin. Daho décide alors de prendre des vacances. "J'étais parti avec Arnold à Ibiza où je lui ai d'ailleurs permis de rencontrer sa future épouse. J'en profite pour le préciser parce que tout le monde croit que nous sommes ensemble depuis le début (rires). Donc nous partons une semaine à Ibiza. A notre retour, j'étais une star. On ne comprenais rien. A l'aéroport, on me demandait des autographes".
Les enfants du Velvet
Et la carrière de Tombé Pour La France ne fait que commencer. Virgin publie une version longue accompagnée des trois titres enregistrés en mai. Jean-Pierre Jeunet réalise la vidéo et Daho s'envole pour les Etats-Unis, histoire d'en faire une version anglaise, Patch Up My Heart, qui ne verra jamais le jour. Qu'importe, il en profite pour aller chanter de nouveau avec les Comateens et son carton français le satisfait amplement. "Le succès de Tombé... a été énorme et il est venu d'un coup. Lorsque ce disque est sorti, ce n'était pas couru d'avance. Aujourd'hui c'est facile de dire que c'était un tube mais à l'époque, personne ne le savait. Je ne crois pas être arrivé au bon moment car lorsque ça a commencé à marcher, j'étais là depuis longtemps déjà... (sourire). Et heureusement que je n'ai pas eu un succès immédiat car j'étais vraiment timide, je n'étais pas sur de moi, ni de ma voix. C'est pour cela que par rapport à tous les autres, à Rennes, j'ai mis autant de temps à m'y mettre. Pour moi, la musique n'était qu'un jeu. Je ne savais pas que cela pouvait être un métier".
Cette même année, Daho multiplie les activités. Il enregistre tout d'abord une version, qu'il trouve ratée, de Sunday Morning pour la compilation Les Enfants Du Velvet, écrit pour Jacno J'Débloque et pour... Jacky Mon Avion Et Moi avant d'enregistrer Virgin Pain avec Jérôme Soligny et Tchiki Boum avec Niagara. "Je n'étais pas particulièrement ami avec Daniel et Muriel même si on se connaissait. A cette époque, Daniel Paboeuf jouait du sax avec moi. Un jour, il m'annonce qu'il produit leur nouveau projet et m'invite à chanter sur le disque. Le succès de Tombé... permet à Niagara d'être sous les projecteurs. Ce qui les a probablement aidés mais aussi naturellement exaspérés. Eux voulaient faire un truc qui n'avait rien à voir avec moi. Moi, je ne me sentais pas forcément d'affinités musicales ou personnelles avec eux, alors forcément, cela n'a pas facilité les choses. Cette histoire m'a un peu légitimé comme le chef de file d'une grande famille pop française et cela a foutu les boules à pas mal de gens alors que je n'y étais pour rien". Ce qui ne l'empêche pas d'être récompensé aux premières Victoires de la Musique dans la catégorie espoir.