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(Mon Ange - Oh Mon Amour - Plus Penser - Six Ans - Adonde - Fatiguée - Qu'importe c'est l'été)
Mix réalisé par Isé

INTERVIEW

En préambule, voici la réponse de Jipé Nataf à ma question à propos de la collaboration des Innocents avec Mercedes :

"C'était en fait étiré dans le temps, on n'a pas un souvenir précis, car en gros, on l'avait aidé à l'époque où elle n'avait pas encore de contrat discographique, c'était pour mettre des chansons en forme, donc on lui avait écrit deux ou trois musiques, on avait commencé à l'accompagner, ensuite c'est tombé dans la période où on a dû enregistrer Fous A Lier, puis Post-Partum. L'un dans l'autre, c'est quelqu'un qu'on a rencontré en pointillés, on a donné quelques coups de mains, mais ce n'est pas comme une collaboration très pleine où l'on aurait travaillé trois mois avec quelqu'un puis la sortie du disque. Il se trouve que le disque est sorti des années après le travail qu'on avait fait ensemble, on avait pas les moyens matériels ni le temps pour le terminer et faire une collaboration complète. C'est quelqu'un qu'on a croisé, et qu'on croise avec plaisir. Elle a fait des premières parties sur notre dernière tournée, mais je pense que ce ne sera jamais plus que ça car par la suite chacun suit sa route, avance d'une manière différente, on ne sait pas... ça ne fait pas partie d'un plan de carrière en tout cas, et on ne s'est pas recroisés depuis un bout de temps !" 20/10/99


 

Elle déteste la pluie... certes. Les gouttes pourtant se succèdent, claquent sur le balcon et s'activent à me sortir de mes rêves. Elles doivent déjà connaître tout l'intérêt que j'aurai à les quitter.

Le ciel est gris. C'est simplement pas de chance pour le bleu foncé. Play sur le lecteur de CD. Je rajoute quelques mots sur le conducteur d'interview bien assez raturé. Encore du noir sur moi. Direction ce m2, périmètre d'une rencontre programmée. La pluie cesse, rien d'étonnant donc. Avec une vingtaine de minutes d'avance, je m'installe dans un coin du bar où résonne encore les commentaires de l'exploit d'une équipe de foot... et une, et deux, et trois minutes de retard, qu'importe, c'est effectivement l'été.

En un instant, une fraction de seconde, je signe une peinture du passé. Celle des moments aveugles, dans la perte sereine de la simple écoute. Peinture où un seul sens convie à la volupté. Ainsi la voix se complète d'une silhouette qui s'arrête devant la porte vitrée. "Un endroit que parcourt un regard, sous le soleil blême de Paris". Elle échange quelques mots, puis s'avance, seule, vers mes questions. Ses cheveux en bataille se font rappeler à mi-ordre d'un geste de la main, un geste puisé pour effacer cette nervosité insistante, mais faut pas découvrir les yeux... Elle a effectivement les yeux clairs...

 

Début en 84, premier single en 88, même année, tu es en enregistrement avec certaines personnes, et l'album, en 96... ça fait un sacré laps de temps pour sortir cet album ! ...

Oui, parce qu'à l'époque où j'ai fait la tête à l'envers, en 88, j'étais un peu parrainée par des personnes importantes dans le métier. Je n'étais ni auteur, ni compositeur, il y avait plein de choses que je n'arrivais pas à maîtriser, je ne touchais pas aux arrangements, et encore moins à la production... la facilité et la chance que j'ai eu à cette époque là étaient énormes pour moi, mais ça ne m'aidait pas à me trouver, à me construire, à trouver une certaine indépendance... j'ai préféré prendre un chemin plus solitaire, pour essayer d'apprendre la "musique", d'apprendre à écrire des chansons, des textes et arriver à faire un album qui soit plus personnel que "la tête à l'envers". Tout simplement faire ma propre musique au lieu d'être juste interprète. Effectivement il y a eu des collaborations, des gens que j'ai rencontrés, des gens qui m'ont beaucoup amenés, dont Edith Fambuena des Valentins qui m'a beaucoup appris en ce qui concerne la composition ; et bien que j'écoutais beaucoup Etienne (Daho) quand il faisait ses albums, j'étais en retrait, mais j'essayais d'apprendre un petit peu comment il arrivait à faire des choses, et ça m'a pris du temps parce qu'il fallait que je sois plus mature et que j'apprenne tout simplement ! Entre temps j'ai eu des propositions, j'ai rencontré des personnes de maisons de disques, mais leur univers ne me convenait pas, je n'avais pas l'impression qu'ils comprenaient le mien. J'ai préféré refuser les propositions jusqu'à trouver des personnes qui me conviennent et qui comprennent vraiment ce que je voulais faire, plutôt que de signer très vite dans une autre maison de disques.

Un album autobiographique de la première lettre à la dernière note...

Au niveau de l'écriture, tout est personnel, c'est extrêmement autobiographique, il n'y a pas une seule phrase ou un mot que je n'ai écrit en pensant à quelqu'un, à une situation ou à une sensation. Il m'est arrivé d'écrire pour les autres aussi... Cela m'aide à relativiser certaines situations, à porter un peu moins les choses et évacuer beaucoup de malaises et de doutes... on a vraiment une chance énorme de pouvoir faire ce genre de choses par rapport à notre vie privée, par rapport aux difficultés de la vie, et en plus de pouvoir faire des concerts, de pouvoir les chanter et de se libérer de tout ça... en tout cas d'essayer... c'est assez important, en ce qui me concerne ça m'aide beaucoup.

Pas de titre à l'album, pas de textes dans l'album (grrrr), une photo floue... que peut-on en conclure ?... une certaine réserve ?

(Rires) oui, c'est sans doute une certaine réserve. Je suis très pudique, très timide et pleine de complexes. Je pense me dévoiler suffisamment. Quand j'étais petite, je ne pouvais même pas faire d'exposés devant la classe... cela me fait toujours bizarre de me trouver sur scène et de chanter. Je me dis "c'est pas moi, peut être quelqu'un d'autre" et il m'est arrivé de devoir parler de certaines choses devant des classes de 4ème, 5ème, et je me demande comment ça se fait que j'y arrive aujourd'hui...

Suite à ton premier single, tu as fait un break pour pouvoir faire ta propre musique, écrire tes propres textes, pourtant on retrouve deux reprises sur cet album, "The Fairest Of The Seasons" de Nico, et "Qu'importe c'est l'été" des Valentins...

The Fairest Of The Seasons" ne devait pas être sur l'album, j'étais déjà en studio quand j'ai décidé de la faire, ça a été très rapide, je ne me suis même pas attardée sur les arrangements, d'où la ressemblance extrême qu'il y a avec la chanson de Nico. Ce devait être une face B d'un single qui devait sortir. Il y avait "Chelsea" que je voulais reprendre aussi, mais je trouvais que c'était une chanson trop connue. C'était un clin d'oeil à Nico. "Qu'importe c'est l'été" est une chanson qui date de 1988, été 88, nous étions partis avec Les Valentins et on avait fait 6 chansons. Edith et Jean-Louis n'avaient pas encore formé Les Valentins. Edith me l'avait faite écouter, elle était très belle, et on avait donc maquetté à cette époque là, elle m'avait fait cadeau de cette superbe chanson. J'ai tardé à sortir mon 1er album, et Edith l'a chanté aussi sur le sien. C'est une chanson qui nous appartient depuis longtemps parce que c'est tout une histoire, ce sont des souvenirs très fort de toute une époque, pour moi, cette chanson n'est pas vraiment une reprise.

Penses-tu avoir une encre romantique ?

Je ne sais pas si je suis romantique, il faudrait peut être poser la question à quelques personnes qui ont été dans ma vie... (long silence)...mais je ne sais pas...

(NDLR : Heu si certains se sentent concernés là.... vous pouvez répondre par mail, le lien est en bas de la page !! on veut juste avoir un oui ou un non... pas de commentaires ! m'ci ;o))) )

Une fin de siècle où on surprend les femmes à élever la voix, à s'imposer dans de nombreux domaines. Te sens-tu vraiment impliquée dans cet élan ?

Je pense qu'on a vraiment du mal à s'imposer en France et c'est dommage parce que quand tu vois en Angleterre ou aux Etats-Unis, en tout cas dans le milieu de la musique, ça fait des années et des années qu'on connait des Joni Mitchell, des Nico, Patti Smith, Chrissie Hynde ou Suzanne Vega... maintenant Bjork, PJ Harvey ou Beth Orton. Je trouve qu'en France on a beaucoup de retard et il y a une mentalité qu'il faut absolument changer, il est très difficile de s'imposer, c'est dommage. C'est même pas qu'il n'y a pas de public parce qu'il y a des gens qui n'attendent que ça ; je pense que le problème vient des maisons de disques, ce sont eux qui détiennent pas mal de choses, si eux veulent nous donner une chance, c'est à eux de s'ouvrir et de nous soutenir comme ils l'ont fait pour des chanteurs auteurs compositeurs très réputés aujourd'hui. De nos jours on a des références d'auteurs compositeurs, tous masculins. Il suffit de poser la question aux gens dans la rue, de leur faire citer quelques auteurs compositeurs féminins... ils vous diront Barbara, Véronique Sanson, Francoise Hardy... je les aime beaucoup mais la nouvelle génération ? Delanay, Edith Fambuena, Arielle, Axelle Renoir, Valérie Leuliot... pour être reconnues nous devons être soutenues... Il n'y a pas de mystère !!!

Le deuxième album se prépare ?

Il y a 20 titres maquettés. Peut-être un peu plus électrique, en tout cas pas de programmations... j'aime beaucoup, il y a des choses que j'apprécie, dans ces univers techno, jungle, hip hop... mais ce n'est pas ce que je veux faire sur mes albums.

Dans tes projets, je crois que tu as l'envie de lancer une radio. Tu ne recherches pas une collaboratrice ?

Oh lala !!!!! (rires). Oui j'adorerai créer une radio où on passe des musiques qu'on écoute nulle part ailleurs, ça manque énormément et je suis sûre qu'il y a tout un public pour ça.

(NDLR : Heu...belle pirouette, mais je crois que la question est restée sans réponse là...:((( )

 

Dernière question... que se passe t-il avec les anges ? un sujet largement abordé dans tes textes ou dans ton univers très proche...

Je n'sais pas, c'est peut être une manière d'idéaliser quelqu'un. Peut être l'envie de croire à des anges, de croire à quelque chose de meilleur donc effectivement on pense à des anges...

Isé
16/07/98
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