DELANEY

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- Delaney (1998) Lithium Labels

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INTERVIEW

Je suis née à Paris, mais j'y habite depuis un peu plus de dix ans maintenant. Je suis arrivée ici au lycée, et avant j'habitais à la campagne, pas très loin de Paris dans différentes banlieues, dans des coins un peu paumés. J'ai commencé différentes choses après le lycée, mais je me suis arrêtée au Bac.

Pourquoi "Delaney" ?

Parce que ça me plaisait phonétiquement.

L'arrivée de la musique dans ta vie, cela a commencé dans ton environnement familial ?

Non, il y quelques personnes dans ma famille qui jouaient de la musique quand j'étais petite, mais pas dans l'environnement familial quotidien. C'est venu un peu avant l'adolescence, vers onze ou douze ans, j'ai fait un peu de guitare classique dans un petit conservatoire pendant trois ans, après j'ai déménagé, donc je ne prennais plus de cours, et je me suis remise à faire de la musique il y a à peu près cinq ans, grâce à un copain qui jouait de la guitare dans un groupe. Ensuite j'ai acheté un quatre pistes, qui s'est ajouté à ma guitare, mon clavier, des percus. Je n'ai jamais pris d'autres cours de musique.

Tu as fait partie d'un groupe...

Un peu avant que mon album sorte, je chantais dans un groupe, ensuite on a continué chacun de son côté, mais c'était après que je sois contactée par Lithium.

L'album est sorti il y a maintenant un an 1/2, quel regard portes-tu aujourd'hui sur cet album ?

C'est un peu spécial parce que je l'ai enregistré très rapidement sans aucune personne autour de moi pour m'aider, donc je retiens uniquement les chansons, sinon en tant qu'album, il ne me plait pas tant que ça. Au moment où je l'ai enregistré, je ne savais pas vraiment comment enregistrer ou même composer des morceaux. J'en aime bien certains... mais il faut toujours une première fois. Surtout qu'il s'est passé assez peu de choses par la suite, commercialement, il était très vite mort, donc je suis vite passée à autre chose, par exemple à penser au deuxième. Quand l'album est sorti, je n'étais pas prête à faire de la scène tout de suite, je n'avais pas de groupe. J'aurais aimé faire dès la sortie de l'album des tas de concerts. Maintenant je travaille avec deux musiciens, un batteur et un bassiste, mais qui jouent aussi d'autres instruments. On travaille vraiment à trois. Pour le prochain, je serai prête pour faire des concerts dès sa sortie. Je pense que la musique que je fais, à la base, c'est du blues, après ça se délie. Donc tout ce qui est blues, pour moi, tient beaucoup aux atmosphères, aux ambiances.

Comment s'est passé l'enregistement de ce premier album ?

Il y a eu deux phases, j'ai d'abord enregistré la plupart des morceaux toute seule à Strasbourg, puis je suis revenue à Paris. Il y avait un ou deux morceaux ou j'avais ajouté une batterie, puis on s'est dit qu'il serait bien de les jouer vraiment en groupe, j'ai commencé à travailler avec quelques musiciens, du coup, on a réenregistré cinq ou six morceaux au lieu de deux. Tout est allé très vite, et j'apprenais en même temps que cela se passait, cela crée comme une sorte de décallage. Maintenant, il faut plus de temps pour finir une chanson puisque l'on travaille à trois, chacun amène des choses qui sont retravaillées par le groupe, ce n'est pas tout à fait le même processus qu'avant.

Des titres essentiellement en français, mais aussi en anglais. C'est un reste de ton année vécue aux Etats-Unis ?

En fait, j'écrivais plutôt en anglais et après je me suis décidée à écrire en français. Chanter en anglais et chanter en français, ça n'a rien à voir, tu ne peux pas te lacher de la même manière. Le français donne tout de suite un côté criard, lourd ou indescent, en anglais, tu peux répéter un mot dix fois en changeant seulement le ton, et ça passera. J'aime bien avoir cette possibilité de mettre un ou deux morceaux en anglais, je pense que ce sera pareil pour le prochain, je me défoule un peu sur ceux-là, même si je garde une préférence pour l'écriture en français.

Une inspiration des textes qui vient de tes propres expériences, de moments de ta vie ?

Non, si j'avais envie d'étaler mes états d'âme, j'écrirai un journal intime.

On a pourtant l'impression, quand on écoute "Sur La Place Lili Boulanger", que tu as passé de nombreuses heures là-bas...

Cette place existe vraiment effectivement. J'y suis allée quelques fois, mais je n'ai jamais rencontré de Samy ! Il y a des choses qui viennent de manière inconsciente, et d'autres qui sont réfléchies, il faut mélanger les deux. Quand tu as écris le texte, tu as une certaine conviction à le chanter, à l'assumer ou pas. J'assume totalement mes textes, j'ai ai pas peur, ce qu'on peut y trouver ne m'inquiète pas, et aussi parce que tout n'y est pas.

On t'imagine en grande solitaire...

Solitaire oui, seule non. Moins que d'autres en tout cas. Effectivement sur le premier album c'était un peu spécial puisque j'étais toute seule et je faisais tout.

Ce deuxième album, est-il déjà prêt et quelle orientation aura t-il ?

Pour l'intant on a vraiment avancé sur les musiques. Il y a deux morceaux qui ont des textes, dont un en anglais. En ce moment, je n'écris pas beaucoup, je sais que c'est mon domaine, en fait, pour la musique ça avance plus lentement mais mieux puisqu'on est trois. Sur les textes qui viennent maintenant, je n'ai pas vraiment de modèle pour dire vers quoi j'aimerai aller. Les textes du premier album, je les ai relus et je les ai compris six moins après. Quand j'écrivais les textes, je ne savais pas qu'ils allaient vraiment être écoutés, maintenant je le sais. Cet album j'ai commencé à l'enregistrer fin 96, après j'ai réenregistré la deuxième partie en juillet 97, et il est sorti en 98... donc ça date quand même un peu. Pour certains, je n'aime pas les réécouter tels qu'ils sont sur l'album, mais j'aime bien les jouer sur scène. Les gens qui l'écoutent le prennent à cet instant t, et moi je suis face à un décallage.

Un style plutôt osé commercialement...

Je fais ce que j'ai envie de faire. Je reste persuadée que le genre de musique que je compose est atypique, mais en même temps très accessible, du moins sur certains morceaux.

Tu avais plus que 12 morceaux pour le premier album...

J'avais 18 titres. Je n'aime pas les albums qui ont trop de titres, qui sont trop longs, douze ça passe bien.

Tu plongeras dans ces titres pour les mettre sur le deuxième ?

Il y a un titre qui faisait partie d'une compilation de Lithium avec uniquement des inédits des artistes du label. Je l'avais repris sur scène, et je pense qu'il sera effectivement sur le prochain album. C'est le seul "vieux" morceaux qui y aura sa place.

L'écriture pour d'autres ?

Déjà, je ne travaille pas dans la facilité, ça ne vient pas facilement, et je n'ai pas assez de choses à mon actif pour me consacrer à l'écriture pour d'autres.

Ta plus belle composition ?

Celle que je préfère, et j'en avais fait une version sur scène que je trouvais vraiment géniale, c'est "Il Ne Faut Pas d'Usage Se Servir Des Sauvages", tant au niveau du texte que de la musique. Mais dans chacune, il y a certainement quelque chose, même s'ils n'ont pas mûris avec moi.

Quel genre de musique écoutes-tu en ce moment ?

Bashung, Dominique A, Calexico...

... Qui ont collaboré au prochain album de Jean-Louis Murat...

Oui, mais j'aime beaucoup moins. Sinon il y a aussi I AM, NTM, Cesaria Evora, j'aime beaucoup les belles voix... Mais il n'y a pas beaucoup d'albums en fait.

Isé
07/07/99

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