IGNATUS

Premier album de Jérôme Rousseaux, ancien chanteur des Objets, faisant suite à un CD 4 titres autoproduit : "Seul", à une série de concerts et en première partie de Katerine et Dominique A.

 

            BIOGRAPHIE :

Sa démarche personnelle est marquée par la curiosité, l'envie d'explorer, de découvrir, de tenter des choses. Ignatus aime agir, même si ela comporte quelques risques.

Les voyages ont formé sa jeunesse.

    - Accompagnateur de groupe pour Nouvelles Frontières : Alaska, Islande, Chine...

    - Voyages personnels : Amérique du Nord et Centrale, Asie, Afrique Noire, Europe, Moyen-Orient...

    - Voyage "initiatiques" : musique et méditation en Inde, de Paris à Hong-Kong en train, traversée de la France à pied de Verdun aux Pyrénées (1250 km, seul, en 70 jours...).

Cette curiosité se retrouve bien évidemment dans sa musique. Ignatus écoute beaucoup de styles différents (chanson, rock, pop, folk, classique, jazz, soul, world...) et prend un malin plaisir à mélanger, grâce aux samples, une rythmique soul avec un riff rock et une envolée de violons d'un compositeur classique.

Cette curiosité se retrouve également dans ses textes. Prenant de la distance, il offre un regard personnel sur ce(ux) qu'il observe, et essaye de comprendre les autres sans les juger ! Parfois mélancolique, parfois acerbe, la dérision est son arme de prédilection mais s'il se moque des autres, c'est aussi pour mieux se moquer de lui même.

Enregistrés de manière épisodique entre l'été 96 et le printemps 97 dans un petit studio de Belleville, 13 des 15 titres de son premier album "L'air est différent" sont le fruit d'un travail à deux, entre Ignatus et Mathieu Ballet, ancien clavier des Oui-Oui. Travail sur les sons, recherche débridée d'idées incongrues ou de mélanges détonants, Ignatus et Mathieu ont profité de leur liberté au maximum, sans aucune pression, en cherchant d'abord à se surprendre eux-mêmes.

Ils ont été aidés ici ou là par de nombreux ami(e)s :

    - Arielle qui a co-écrit un texte (Aveugle éclairé) et chante sur un autre (Des choses), alors qu'Ignatus a participé à ses deux derniers albums (Mortelle, Toute une vie à une) à travers des textes et des musiques.

    - Mirwais (ex Taxi Girl) qui a mixé plusieurs chansons.

    - On trouve également Yan Péchin (compositeur et guitariste de Marie-France), Christophe Board (clavier des Innocents), Mélanie (émission ketchup & marmelade sur Ouï FM)...

Les deux autres titres de l'album sont T'es belle enregistré live à la Péniche 6/8 et L'air est différent (indian groove), remix acoustique enregistré avec Mukta.

Si la dominante "chanson" est évidente, le style des musiques varie selon l'instrument sur lequel elles ont été composées. Ainsi, celles composées au piano (Aveugle éclairé, T'es belle, Pourquoi ?) lorgnent résolument du côté de la chanson française, celles composées à la guitare (Mes handicaps, 100 ans, Le blues) ont un côté plus pop ou bossa, quant à elles composées à partir de samples, elles flirtent bien sûr avec des musiques électroniques.

Ignatus ne cherche pas à avoir une quelconque crédibilité de DJ, il utilise les échantillonages pour offrir à ses chansons une couleur différente, davantage dans l'air du temps. Il apprécie en fait d'exploiter les accidents générés par les samples pour susciter des chocs sonores.

Comme pour l'album, son objectif sur scène est de réussir cette cohésion entre électronique et jeu des instruments. Après de nombreux concerts (près de 100) seul sur scène, il joue dorénavant entouré du batteur Philippe Entressangle et du bassiste Alain Ekpob. Rythmiques appuyées, mélanges détonants entre samples et batterie, cette formule "power trio" est prenante et surprenante. Serge Rosenberg à la trompette intervient de temps à autres sur quelques morceaux.

Jouant sur son humour et sa décontraction naturelle, les chansons qu' Ignatus présente lors de son spectacle cherchent à faire rire, émouvoir, mais aussi à gratter là où ça fait mal. Sans jamais tomber dans la démagogie, Ignatus veut être un observateur attentif et critique du monde qui nous entoure.

Ignatus écrit des petites proses, des nouvelles (plusieurs parutions dans des revues littéraires : Le Moule à Gaufres, Drunk...). Entre 1996 et 1997, Ignatus a tenu une chronique hebdomadaire sur Ouï FM (dans l'émission Ketchup & Marmelade), intitulée "La minute de Monsieur Ignatus".

Ignatus aime la marche à pied et la nature. Ignatus a longtemps programmé les artistes qu'il aime sur la Péniche 6/8 (Quai Montebello ou Quai Malaquais à Paris avant de s'arrêter pour mieux se consacrer à son label Ignatub (dernière sortie : CD 4 titres Saint Supplice de M. Chance).

 

            DISCOGRAPHIE :

- L'air est différent (1998) Atmosphériques

- Le physique (2000) Atmosphériques

Ignatus en concert à l’Européen, mardi 30 mai 2000

Les Objets, vous vous souvenez ? C’était il y a un peu moins de 10 ans, un groupe pop tranquille dont on disait le plus grand bien. Jérôme Rousseaux en était sa figure chantante et son écriture ciselée.

Aujourd’hui, devenu Ignatus, l’homme a grandi, mûri plutôt...   Il ne se contente plus d’écrire, il compose aussi. Et sur scène ça change... et ça se voit.

Avec le Physique, album pop excentrique, comme fil conducteur, Ignatus s’affirme... scénique… autour d’une formation réduite basse, batterie et lui tantôt piano, tantôt claviers - programmations, tantôt guitare.

Il égraine ses chansons pop légères et incisives, ironise avec son public, invite Joseph Racaille, passé 1h30 avant lui sur cette même scène, et ses ukulélés. Tel un Zébulon, il s’amuse ,danse derrière son clavier sur des programmations ‘’trip-pop’’ à la française, structurées et enlevées... Il y a quelque choses d’aérien dans ce concert…

Plus ludique, plus ironique, Ignatus nous transporte dans son univers avec délectation. Il émeut seul au piano sur Faible, il fait rire sur T’es belle... il s’électrise sur un rappel en brisant sa guitare tout en gardant un flegme tout … britannique. Savoureux Hollywood avec des chœurs tout droit sortis de Hollywood Boulevard (lunettes noires et belles blondes !)

1h30 de pur plaisir, de pop euphorique et caustique, un public réactif et un Ignatus féérique…

On le savait déjà et les choses se confirment, l’Européen est une salle magique, lieu mythique pour une pop musique exigeante qui ne se prend pas au sérieux.

Ignatus est de cette veine, un auteur hors pair, un anti conformiste de la scène, pudique et excentrique, et nous… on aime…

A G

 


Ignatus en concert, mardi 10 octobre 2000 au Lavoir Moderne Parisien
 
Ignatus : guitare électrique, piano, claviers, programmations – samples, veste musicale
Geneviève Cabannes : contrebasse
Philippe Entressangle : Batterie (toute dimension) et Bâton de pluie :
Jérôme Bensoussan :Multi-instruments

Pourquoi retourner voir un concert auquel on est allé 4 mois auparavant ? Par envie ? Pas seulement . Par curiosité aussi, surtout … Un concert d’Ignatus n’est jamais le même, même du jour au lendemain . Pour preuve, la veille il était malade et avouait lui même que ce n’était pas pareil que ce soir là ! Il partage la scène du Lavoir Moderne Parisien, une scène en devenir, un lieu pas comme les autres, humain, pendant une dizaine de jour avec Polo, ex Satellites.

En 4 mois, le lieu a donc changé, certains musiciens sont partis et d’autre arrivés. Ils sont en retard !!! … et le rejoignent pour le 2e titre La Politique, après un début de concert seul à la guitare sur Le blues de l’homme unidimensionnel. Ignatus lui même a évolué… Des vestes différentes, un décor de grenier bien agencé avec des ‘’objets’’ à faire pâlir les Deschiens … Vieux disques, poupées, lampadaires musicaux, transistor avec les voix de Chirac et Rolland-Larqué … mini batterie et pour perle cette représentation du Pape qui s’allume à chaque fois qu’Ignatus le désire ! Chaque objet trouve sa place, évidente. Ce décor d’objets ne serait-il pas un clin d’œil à son ancien groupe ??? En tout cas on se sent bien, tellement bien qu’on se croirait à la maison. On vient d’oublier notre journée de travail, on pénètre immédiatement dans son univers que l’on s’approprie et tel est certainement le désir d’Ignatus.

Après avoir écrit ce qu’on pensait la dernière fois du jeune homme (ironique, cynique, féerique …) et de sa musique pop, il faut bien le dire, les mots nous manquent ! Avec un répertoire quelque peu modifié, Ignatus a donné un concert … magique ! Un concert qui ressemble à un spectacle qu’on a tous organisé un jour entre potes dans notre propre grenier … Il interprète 16 titres parmi lesquels L’air est différent, Hollywood, Dualité, Fou … On notera aussi un inédit Les petits chiens écrit par Jacques Duvall, parolier de Chamfort. Un texte savoureux à ne pas se faire des amis à la SPA !!! accompagné par une poubelle aboyante !!! Ignatus est tout en détail et rien est laissé au hasard. On regrettera cependant une version de Cent ans à la guitare électrique qui manque d’émotion et de chaleur. On se reconnaît dans les textes car Ignatus a su parfaitement saisir ces petites failles qui nous font et qui font notre monde moderne. Ces détails qui nous font tellement humain, sans jamais un reproche … Et sur scène c’est 1h30 de pur bonheur ! Somme toute un concert-spectacle avec pour clou une version renversante de Mes mains à la veste musicale ! Si vous ne comprenez pas tout, c’est que les concerts d’Ignatus ne s’écrivent pas mais se vivent … Car Ignatus sur scène c’est une atmosphère particulière, c’est comme une de ces soirées entre amis que l’on souhaiterai ne jamais se voir terminer… des tranches de vie, et des détails qui ne trouveraient pas leur juste valeur à travers ces mots …

Des moments rares à passer, un univers à explorer absolument si Ignatus passe dans votre ville. Et si vous n’en n’avez pas l’occasion, il reste ses disques, dont nous vous invitons à découvrir les textes de tout urgence…

AG


LA MINUTE DE MR IGNATUS (sélection)
J'ai demandé, lors de ma dernière rencontre avec Ignatus, si il était possible de proposer sur PopSurf quelques unes de "ses minutes", des petits textes d'un pur bonheur, droles et tellement vrais... et voila qu'il a accepté ! et pour notre plus grand bonheur !
 
LA CAMPAGNE POLLUE

Quand je n'aimais pas la campagne, je n'avais pas de voiture. Je restais à
Paris tout le temps, ça ne me dérangeait pas, je prenais le métro, le bus ou
mon vélo, et c'était très bien comme ça.
Maintenant j'aime marcher dans la campagne et, pour y aller, j'ai acheté une
voiture.
La voiture, c'est l'inverse du cochon. Dans la voiture, rien n'est bon :
pollution visuelle, pollution sonore, pollution de l'air, ça rouille, ça
coûte du fric, ça provoque de accidents ...
Bref, je n'ai jamais fait autant de voiture depuis que j'aime marcher. Donc,
maintenant que j'aime la nature, je l'abîme bien plus qu'avant.
C'est bien ce que je disais, la campagne pollue.
© ignatus

MON REFRIGERATEUR

Quand je l'entends se mettre en marche, ça me déprime, parce que cela
signifie qu'il consomme de l'électricité qu'il faudra payer un jour ou
l'autre.
Même si je ne fais rien, je dépense de l'argent.
Si je passe un mois entier à rester assis sur une chaise, sans sortir, sans
manger, sans rien faire, il faudra tout de même, un beau jour, payer
l'abonnement téléphonique, l'abonnement EDF, le loyer, les charges, sans
parler de ce qui tombe tous les ans comme les assurances, les impôts, la
redevance, etc.
Et tout ça, mon réfrigérateur me le rappelle quand je ne fais rien et que je
l'entends se mettre en marche.
© ignatus

LA VAISSELLE

Il y a les gens qui préfèrent faire la cuisine et ceux qui préfèrent faire
la vaisselle.
Pour préférer faire la cuisine, il faut soit aimer commander, soit avoir le
sens de l'improvisation, soit ne pas avoir confiance dans la cuisine des
autres.
Mais faire la vaisselle offre certains avantages : il est rare de rater sa
vaisselle, c'est donc peu risqué. Il est agréable de penser à autre chose en
faisant la vaisselle alors que le cuisinier doit être à son affaire. Le doux
rêveur préfèrera donc la vaisselle.

Dans l'esprit de la plupart d'entre nous, faire la cuisine est une activité
plus noble que faire la vaisselle. Il se pourrait pourtant que de nombreuses
chansons, de nombreux romans, de nombreux scénarios de films, de nombreuses
décisions irrévocables soient nées en faisant la vaisselle, aucune n'étant
née en faisant la cuisine. Je dis "il se pourrait" car je n'en sais rien du
tout mais je pense que ça se pourrait.

Une idée, comme ça, en faisant la vaisselle.
© ignatus

LA FEMME D'INTÉRIEUR

La femme d'intérieur doit faire très attention à l'apparence. Quand elle
reçoit des amis, tout doit être à sa place, arrangé avec goût, et selon les
schémas habituels des gens du milieu (le milieu dont elle est issue,
c'est-à-dire le milieu d'en haut).
La femme d'intérieur ne doit pas se poser de questions. Ce qui se passe à
l'intérieur de sa maison est plus important que ce qui se passe à
l'intérieur de son corps. C'est une question de principe.
© ignatus

LES PROGRAMMES TÉLÉ

Un jour, dans un train, j'étais assis à côté d'une dame qui a passé tout le
trajet à lire un magazine de télévision. Pendant plus d'une heure, elle a lu
attentivement, jour par jour, chaîne par chaîne, les programmes annoncés
pour la semaine à suivre.
Ca n'a l'air de rien comme ça, mais ça fait quand même peur. Non contente de
passer déjà sans doute pas mal de temps (donc trop) devant la télé, alors
que le train, c'est l'occasion de lire un bon bouquin, il faut que le
vecteur numéro un de l'abrutissement inter-planétaire viennent encore
empêcher les humains de ce siècle de lire là où il n'y a que ça à faire. À
moins que le programme télé soit la dernière chose lue par le commun des
mortels d'ici ! L'intérêt principal de savoir lire, serait-il alors de
pouvoir lire les programmes télé ! D'ailleurs, qui sait, cette dame, ce
qu'elle regarde en priorité, à la télévision, ce sont les émissions
littéraires.
© ignatus

LA MER

La mer est plate. La terre est ronde. Mais la mer est partout tout autour de
la terre.
Si les mers étaient bombées, l'eau partirait sur les côtés, et inonderait
les continents.
Pourtant, quand on regarde l'Océan Atlantique, de la côte Atlantique, vers
l'Amérique, et bien l'Amérique, on ne la voit pas. Elle est cachée, elle est
derrière l'eau. Un peu comme si l'eau faisait une montagne, mais avec une
pente très douce, comme une grande colline. Il serait intéressant d'ailleurs
de connaître le sommet de la mer. La vue doit y être belle. À moins que ça
fasse comme dans les montagnes terrestres, vous croyez que vous arrivez au
sommet, et puis derrière, ça continue. Vous vous dites, ce coup ci, c'est
bon, c'est le sommet, et puis non, ça continue encore, et ainsi de suite
jusqu'à épuisement. Oui, c'est comme ça que j'imagine le sommet de la mer...
infini.
© ignatus

LE BOBSLEIGH

Que font les pratiquants de bobsleigh, l'été ?

On imagine facilement les pilotes passer des journées entières devant des
jeux vidéos en attendant, anxieux, les premier signes de rafraîchissement.
Par contre, pour les équipiers, la question se pose sérieusement. Il est
vrai qu'au départ, c'est un drôle de métier : pousser de toutes ses forces
pendant 3 secondes, pour ensuite se coller au voisin et rester immobile,
tête baissée, alors que justement, ce qui devrait être grisant, c'est de
voir la glace défiler à toute vitesse.
J'en imagine certains demander à des copains de les emmener en moto à la
fête foraine du coin : un coup de montagnes russes, un coup de trains
fantômes, un coup de fusée, etc.. Ou plus probablement, ils se retrouvent
entre eux, vont faire une virée en voiture, boivent des coups, et
s'arrangent pour tomber en panne d'essence sur le chemin du retour.
© ignatus

LE MELON

C'est pas donné, et on ne sait pas ce qu'il y a dedans. On a beau faire
semblant de s'y connaître, renifler, tâter, soupeser... on rentre chez soi
avec son melon, tout content, tout exité, on l'ouvre, on l'attaque et flop !
ça ne sent rien. De l'eau solide, sans saveur, sans parfum alors on
s'insurge, on proteste, on voudrait bien l'avoir en face de soi, le
"producteur" de melons, pour lui dire ce qu'on en pense, de ses melons. Mais
de producteur de melons, point.
Avez-vous déjà, dans votre vie, rencontré un producteur de melon ? Bien sûr
que non. Et vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi ? C'est pourtant
l'évidence : ils se cachent. Pas fou ! Et même si vous en rencontrez un, il
ne va pas s'en vanter, le bougre. Alors on est là, face à son melon,
déserpéré, impuissant.
Finalement, les seuls qui s'en sortent avec les honneurs dans cette
histoire, ce sont les fabricants de porto.

N. B. : et des producteurs de pêches, vous en avez déjà rencontré, vous, des
producteurs de pêches ?
© ignatus

LA GUINESS

Grand mystère que la Guiness.
À mesure que le niveau de mon verre descend, je me ressasse sans cesse cette
question à laquelle personne ne répond.
Comment un liquide si noir peut-il donner tant de blanc, d'une part à sa
mousse, d'autre part à son (ou plutôt mon) urine.
D'abord la mousse. Secouez le noir, il devient blanc. Un blanc compact,
dense, épais, enfin très présent. D'où sort-il ?
Ensuite l'urine. L'eau se pisse jaune. La Guiness se pisse blanche. Où va le
noir ? Que devient-il ? Où se cache-t'il ? Il est bien quelque part ! On ne
pisse pas de la mousse tout de même.
Les irlandais, buveurs de Guiness sont-ils tous tout noir, dedans ? Ils ont
pourtant la peau très blanche.
Mystère...
© ignatus

LA DOUCHE

Ma douche matinale est une succession de gestes, toujours identiques et
toujours effectués dans le même ordre. D'abord, je mouille : main gauche,
main droite, bras gauche, bras droit, épaule gauche, dos, visage puis corps
dans son ensemble. Je prends le savon dans la main droite et je commence
toujours par me savonner le visage, puis l'aisselle gauche, le bras gauche,
l'aisselle droite, et ainsi de suite pour finir invariablement par le pied
gauche. Donc de haut en bas, dans le sens de l'eau. Ca, je m'en suis rendu
compte pas plus tard qu'hier. Ca doit faire plusieurs milliers de fois que
je répète ces gestes dans cet ordre, mais je ne m'en suis rendu compte
qu'hier. Alors, ce matin, j'ai voulu changer, question de casser la routine.
J'ai commencé par me savonner le pied gauche. Carrément. Mais comme je
n'étais pas bien réveillé, j'ai perdu l'équillibre. Ma salle de bains est
petite et tout contre la douche, il y a le WC. Je suis donc tombé direct
dans ce WC entouré du rideau de douche auquel je m'étais accroché jusqu'à ce
qu'il cède.
Conclusion : ne jamais prendre d'initiative avant la fin de sa douche, à
moins d'avoir un WC séparé.
© ignatus

Y EN A RAS LE BOL DE SE FAIRE ENTUBER À LONGUEUR DE JOURNÉE

C'est vrai, quoi. Toute la journée on se fait avoir. On nous prend d'une
main ce qu'on nous donne de l'autre. Tout est fait pour nous faire sortir le
pognon, et on nous engueule quand même parcequ'on paye en retard, on
consomme pas assez, ou on achète pas français. Face à cette situation
scandaleuse, j'ai décidé d'agir. Je vous annonce donc aujourd'hui,
solennellement, ma décision de lancer un vaste mouvement que j'ai baptisé :
"y en a ras le bol de se faire entuber à longueur de journée".
Alors, si vous aussi vous en avez ras le bol de vous faire entuber à
longueur de journée, adhérez à "y en a ras le bol de se faire entuber à
longueur de journée". Et pour cela, c'est très simple, il suffit d'écrire à
"ignatus, y en a ras le bol de se faire entuber à longueur de journée",
Monaco, cedex.
Pour adhérer, il y a une cotisation annuelle de 800 francs, auxquels il faut
ajouter le droit d'entrée pour la première inscription de 650 francs, ainsi
qu'un abonnement d'un an à la revue bi-annuelle "y en a ras le bol de se
faire entuber à longueur de journée", 250 francs.
Voilà, alors vous aussi, réagissez, ne vous laissez pas faire, ça suffit
comme ça, et surtout, venez nombreux.

N. B. : merci, également, de ne pas oublier les frais de dossier pour la
première inscription qui s'élèvent à 350 francs.
© ignatus

LES CHAUSSETTES

Plus vite que les pneus, plus vite que les chaussures, plus vite que le
pouvoir, rien ne s'use aussi vite que les chaussettes.
Imaginez-vous, l'espace d'un instant, à la place d'une chaussette.
Les odeurs, la pression, la promiscuité, mais aussi la solitude. Les
chaussettes dorment en couple, mais à peine réveillées, elles sont séparées
pour faire tant bien que mal alliance avec des pieds sales aux ongles
menaçant et des chaussures simili-cuir à 99 francs (maximum).
Un peu comme nous en fait. On dort en couple et la journée on est séparé
pour faire tant bien que mal alliance avec des mains sales, des regards
menaçants et des individus aux simili-idées à 99 francs (maximum).
Alors, forcément, avec tout ça, nous aussi on est usé, on est troué.
© ignatus

MON PLANCHER

Ca serai rudement embêtant si je n'avais pas de plancher. Je serais obligé
d'habiter chez la voisine d'en-dessous et ça causerait des problèmes.
Bien sûr, on aurait une belle hauteur sous plafond, ça serait beau. Je
dormirais dans un hamac auquel j'accéderai par une échelle. Je pourais
regarder sa télé qui est plus grande que la mienne, mais ça se compliquera
quand je voudrai écouter mes disques, parcequ'on a pas forcément les même
goûts.
On serait obligé de manger la même chose et de s'organiser pour ne pas
utiliser la salle de bains en même temps.
En hiver, elle chauffera gratuitement mon appartement, mais je ne serai pas
chez moi pour en profiter. Ce qui est idiot.

Non, vraiment, j'aime ta compagnie, j'aime sortir avec toi, mais je préfère
garder mon plancher.
© ignatus

LE FOOT À LA TÉLÉ

Ca, pour t'énerver, ça t'énerve...
Quand tu me vois regarder des imbéciles en short courir après une balle dans
un stade remplis de beaufs éméchés, racistes et chauvins. Un sport pouri par
l'argent, par les magouilles et par les hooligans.
Je suis pourtant un garçon cultivé, fair-play, plutôt équilibré et loin
d'être bête.
Alors tu ne comprends pas.
En fait, là où ça t'as le plus énervé, c'est quand je t'ai offert pour ton
anniversaire un abonnement d'un an à Canal + sous prétexte que tu aimais le
cinéma ... et puis les copains ont commençé à débarquer les soirs de matchs.
Quatre matchs le mardi, un seul le mercredi mais suivi des résumés des
autres matchs, et enfin un match le jeudi. Plus les matchs retour. Moralité,
comme tu aimes le cinéma, ces soirs là, tu y vas avec tes copines. Du coup,
je ne vais plus au cinéma parceque tu vas voir les bons films sans moi.
Comme quoi, si on aime le cinéma, faut pas s'abonner à Canal Plus.
© ignatus


MA LAMPE DE CHEVET

Elle a tout vu.
Elle sait à quelle heure je me suis couché, et avec qui. Elle sait à quelle
heure je me suis levé, et avec qui.
Elle sait donc que je t'ai trompé. Elle s'est sûrement rendu compte que
j'étais ivre mort parceque j'ai oublié de l'éteindre. Ce qui ne m'était
jamais arrivé de ma vie. Et donc de sa vie à elle aussi, puisque je l'ai
depuis sa première mise en vente.
J'ai du remord mais ça, elle ne le voit pas. Il faut dire que ma lampe de
chevet, elle ne voit que ce qu'elle veut bien voir. Ce qu'elle n'a pas du
rater, par contre, c'est ma prestation plutôt lamentable, et elle a du bien
rire, intérieurement.
Malgré tout, j'ai quand même de la chance, parceque ma lampe de chevet, elle
ne sait pas parler.
© ignatus

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