![]() |
JACNO
Site officiel : http://jacno.citeweb.net/
INTERVIEW
Est-ce que tu peux nous raconter l'histoire de cette chanson "J'ai Triste" des Valentins ?
Les Valentins ont demandé deux textes et donc me font écouter deux morceaux. Un morceau sur lequel Edith avait une idée géniale, et je lui ai dit qu'il fallait qu'elle le fasse toute seule, c'est comme ça qu'elle sera superbe, qui s'appelait "Qu'importe, c'est l'été", c'était très joli. Pour l'autre morceau, je lui ai dit que j'avais peut-être une idée, un peu cafardeuse, mais on voulait pousser ça à l'extrême pour faire un beau truc. Tu sais, je suis assez obsédé par certains trucs de Françoise Hardy qui sont un peu bluesy. L'idée était aussi de massacrer toute la syntaxe française, habituelle. Dans toutes les chansons, c'est toujours très académique et c'était bien de mettre finalement que des sentiments assez violents en écourtant toute phrase et en bousillant la grammaire si besoin est.
Comment est venue l'idée de ce texte ?
Peut-être à force de lire des mecs comme Boris Vian ou Maupassant, ils adorent faire des trucs comme ça. Mais je lisais un truc de Maupassant l'autre fois, il invente des verbes en permanence. J'ai triste et j'ai mouru tous les jours, c'est pas très académique, c'est certain !
Ils ont flashé tout de suite sur ce texte ?
Oui. En fait j'étais parti avec la maquette de la musique, et trois jours après, je suis revenu avec mon idée un peu saugrenue, mais ça allait vachement bien avec la musique. Ca fait une ambiance assez spéciale. Edith l'a essayé tout de suite et tout a immédiatement très bien fonctionné. Je me rappelle lui dire : "Chante ça comme si tu racontais une histoire", du coup, elle s'est senti à l'aise pour balancer tout ça.
Travailler avec Les Valentins, ça se passe comment, ils sont plutôt cools, exigeants, chiants... ?
Oh... tout ça en même temps ! Dans le cadre de mon dernier album, c'était cool et chiant, faut pas oublier que si il y a un match de foot, ils ont deux heures de retard ! (rires) Et ça me rends chèvre ! Edith m'a dit il n'y a pas très longtemps : "T'es tout de même très fasciste en studio !". Souvent, j'ai une idée en tête, mais je les laissais me proposer toutes sortes de solution.
C'est un peu quand tu dis "je ne suis pas toujours de mon avis"... tu étais parfois plutôt du leur ?
Parfois. Il faut de toute façon tout essayer pour que la chanson en question soit servie pour le mieux. Ce qui fait que dans certains cas ils m'ont proposé des trucs que je trouvais complètement aberrants. Quand tu as 52 pistes tu dis "est-ce qu'on peut utiliser ça ou non". Il y a des choix à faire qui sont directement des choix artistiques. Mais en général, on était d'accord, sauf quand ils font ce que j'appelle des "boulaizeries", c'est à dire des notes qui frottent le plus possible, un peu dissonant. Quoiqu'on en ait pratiqué tout de même quelques unes, ils ont réussit à m'en fourguer ! Par exemple pour la voix, j'avais toute confiance en Edith, c'est elle qui me dit "Là tu as été nul, ou là tu as été bon", donc j'écoutais exclusivement son avis. Avec Jean-Louis, je traficotais plus les violons, des trucs un peu bizarre. Et puis Edith est quand même la meilleure guitare acoustique en France. En rythmique, il n'existe rien d'aussi bon, c'est la meilleure. Elle a une façon de balayer très particulière, elle s'enclenche tout de suite, et en électrique, c'est en woua woua où elle est tout à fait surdouée. Elle fait des espèces de solos tout à fait improbables et invraisemblables.
Ca se ressent d'ailleurs énormément dans le deuxième album d'Axelle Renoir...
Oui, tout à fait. Sur le prochain album d'Axelle, ils ont vachement sévit, d'une façon carrément évidente. Mais quand tu écoutes les maquettes de départ de cet album, où j'avais écrit un texte, il y a quelque chose que je préférais parce que cela a été un peu noyé par une production trop "tout électro". Maintenant, ça revient à un côté plus chanson, dynamité par les Valentins et quelques textes de moi encore, j'en ai fait deux pour le moment. Normalement, cela devrait être une flèche en plein coeur ce disque là.
Quels souvenirs as-tu de la période Stinky Toys ?
Oula, c'est très ancien ! J'ai ai un bon souvenir dans le sens où l'on s'est beaucoup amusés. Cela s'est fait dans non pas une inconscience, mais plutôt insouciance totale. A Paris et en France en général, il n'y avait pas de groupes un peu barjos, aucune boite de disques en voulait, c'était complètement martien de faire ça en fait, c'est donc pour ça qu'on est partis à Londres, et c'est là-bas que tout s'est passé. Mais c'était un peu de l'inconscience aussi parce qu'on est parti à Londres avec rien et dix balles.
Comme Etienne qui est parti à Paris avec rien non plus...
Oui oui.... sauf qu'à Paris, ils parlent quand même un peu français ! Moi je m'en foutais, je leur chiais dessus aux anglais, et plus je leur chiais dessus, plus ils nous aimaient bien. Et Elli parlait pas trop français, alors qu'elle parlait anglais couramment, elle venait d'Uruguay. Ce qui fait que ça donnait une espèce de melting pot, où on se marrait tout le temps et on essayait de jouer toujours un peu plus fort que la veille, c'était à peu près ça en fait ! Puis on a évolué vers un deuxième album qui était un peu mieux. Entre temps, on a un peu appris la musique ! (rires). A partir du moment où j'ai su à peu près faire de la musique, il fallait évidemment que je fasse mon truc en solo. Là, ça devient moins marrant un groupe, une espèce de carcan qui fait chier.
Elli, Les Valentins, Axelle, Françoise, Etienne... finalement, tu n'as que des anges autour de toi... Le titre "La part des anges", à part l'histoire du cognac, ça vient aussi un peu de cet univers qui t'entoure ?
J'aime bien l'idée des anges et des fantômes.
C'est Jean-Louis qui t'as dis que tu voyais des fantômes un peu partout, non ?
En fait, il m'a dit qu'il savait que je croyais aux fantômes. Tu sais, j'avais fait une chanson, dans un disque plutôt raté malheureusement, dans lequel jouait Jean-Louis d'ailleurs, cette chanson s'appelait "Jolie fantôme". En fait, je pensais à Pauline, qui était ma chère et tendre, et j'avais expliqué à Jean-Louis que de temps en temps, elle venait me voir, et lui ça ne l'étonnait pas du tout et me disait "ouais, tu dois être en connexion. T'as souvent des histoires de fantômes dans tes chansons", je lui ai répondu : "forcément, j'en fréquente". Les anges, ça veut dire tellement de choses à la fois... c'est vraiment joli.
C'est tellement abstrait en fait...
Voila, c'est tout à fait abstrait ou parfois très concret quand il s'agit de quelqu'un précisément. Il y a aussi Castelbajac qui avait fait la pochette de "Faux témoin", et lui il met partout des petites ailes, il a même écrit un bouquin sur les anges, il croit qu'il y en a partout, mais lui, il est fou allié ! Il m'a dit qu'il connaissait personnellement l'ange qui était tout le temps avec moi ! (rires). Et quand il a vu le titre de mon dernier album, "La part des anges", il m'a dit : "C'est une évidence ! Je sais très bien qui te l'a soufflé !" Il m'a même donné le nom de l'ange... je ne m'en souviens plus, ils ont tous des noms invraisemblables, des noms à coucher dehors !
Comment as-tu pris le fait qu'un petit jeune nommé Daho organise un concert pour Elli et toi ?
Je n'ai pas fait trop attention. Par définition, je ne le connaissais pas à ce moment là, donc simplement un petit gars de province qui organise un truc. Evidemment c'était vachement bien pour la simple et bonne raison qu'Etienne avait organisé le concert exclusivement pour qu'on se rencontre, ce qui était tout à fait réussi !
Daho sans Jacno n'aurait certainement pas été Daho... vous continuez à vous voir ?
Oui ! En plus on fait du ping pong ensemble puisque "Faux témoin" a été réalisé avec lui, moi j'avais réalisé son premier album, donc ça fait un peu la quadrature du cercle. La dernière fois qu'on a fait une chanson, c'était pour Pauline. Il avait fait le texte avec Pauline, et moi juste la musique. De toute façon, c'est un plaisir constant de faire des trucs avec lui, il a un instinct musical que j'aime beaucoup, un sens de la mélodie qui est très très naturel chez lui, et qui est très plaisant. C'est pour ça que souvent il a des chansons qui sont aussi réussies, ca vient naturellement en fait.
Tu as écouté Corps & Armes ?
Oui oui ! je lui ai dit au téléphone que j'étais très fier de lui ! Il sait que je peux avoir des mots assez crus parfois et il était très content de mon petit message. Il y a vraiment de très belles choses sur cet album, je suis très fier.
Un an après la sortie de "La part des anges", quel regard as tu maintenant sur cet album ?
Je ne l'ai pas réécouté, c'est pas mon genre, mais je l'ai joué sur scène. Je sais que c'est un truc fort que j'ai fait. Il y a eu beaucoup de presse sur la sortie de cet album, donc je peux maintenant être un peu influencé par ça. On m'a fait remarquer que les textes étaient assez sombres, je ne m'en étais pas du tout rendu compte. Mais je le revendique. Comme la face cachée de la lune. Françoise Hardy m'a dit de toute façon "tu es un plutonien, ce sont des gens qui avancent en ne voyant que ce qui est naze".
Tu as eu le droit à ta carte du ciel ?
Oui bien sur ! j'ai un truc de 15 pages !
On te défini avec des noms tels que, justement Dutronc, Gainsbourg, Higelin.... et OVNI, ça te va comme description ?
Ca ne me plaît jamais quand il y a une référence par rapport à d'autres artistes, je préfère que l'on me dise que je ressemble à moi même. Néanmoins, ceux qu'on vient de citer, ça va, ce ne sont pas des merdeux. Ce ne sont que des gens que je connais, ou que j'ai connu en ce qui concerne le mort, je les aime beaucoup et j'ai travaillé avec eux. OVNI, ça ne me dérange pas du tout. Quand tu vois comment fonctionne l'industrie du disque actuellement, je suis un OVNI pour eux, ils ne savent pas très bien comment fonctionne un Jacno. Je suis dans la marge, alors quelques fois, comme toutes les parallèles, elles finissent par se croiser. Donc elles se croisent, mais après, tu refais le tour de la terre avant de les recroiser pour tout ce qui est gros succès commerciaux.
On te sens un peu fâché avec l'industrie du disque...
Pas vraiment non ! Simplement je les prends un peu pour des caves. C'est pour ça que je te dit que je suis dans la marge. Du reste Gainsbourg disait qu'il écrivait dans la marge aussi. Pour reprendre l'histoire des parallèles qui se croisent, tu vois, je cours à côté d'eux, parfois, je les rejoins, parfois je les pirate. C'est très difficile pour moi d'être complètement avec eux, je trouve qu'ils ont en moyenne 30 ans de retard. Tout ça, c'est une question de majorité et de minorité, je considère toute l'industrie et tout le reste pour des martiens, mais comme ils sont majoritaires, finalement, c'est moi le martien. Mais j'en pense pas moins ! En général un peu de temps me donne raison, ils se plantent bien souvent. Donc l'OVNI vous salut bien ! Mais tous ces gens me dérange pas, le vrai truc intéressant dans la musique, ce sont les rencontres, avec des gens intéressants. Juste pour ça, je n'ai aucun regret, je suis ravi d'avoir pour amis des gens comme Les Valentins, Etienne, Françoise... c'est un vrai plaisir.
Et le développement du net, tu vois ça comment pour les artistes ?
Pour moi, je ne pense pas que ça change quoi que ce soit. C'est un outil en plus et qui est génial. Je ne suis pas du genre à me leurrer au sujet des bienfaits de la technologie. Personne a attendu les 52 pistes pour enregistrer des bons disques en 4 pistes, pour prendre une image caricaturale. Là, c'est différent parce que c'est beaucoup plus révolutionnaire, c'est très sauvage. C'est bien, ça rétrécit le monde, mais plutôt dans le bon sens du terme, mais comme tous les trucs géniaux, ça aura ses effets pervers, ça sera maqué par les grandes industries, quoi qu'on en pense, ça sera réglementé, il y aura des lois, comme il y en a avec l'imprimerie, les ondes... ça a un prix, c'est contrôlé.
Tu as connu le groupe, la carrière solo, les BOF, collaboré avec et pour d'autres artistes, musiciens, chanteurs, créateurs de modes etc... Etre artiste, au fond de toi... c'est quoi ? Etre un peu un touche à tout ?
Je ne m'en rends pas compte. Le seul intérêt, c'est d'avoir une forme de liberté, si c'est pour rentrer dans un moule, autant faire un boulot qui rapporte beaucoup plus de blé. T'es boursicoteur, tu gagnes un max, alors que n'importe quel artiste dont on parlait n'a jamais gagné le dixième de ce que gagne un boursicoteur. Pour moi, c'est une façon de faire ce que je veux. Tant mieux si ils prennent, sinon je m'en fout, j'essaie de ne pas m'en préoccuper. Je suis d'un naturel très paresseux. Les paresseux, ce ne sont pas des fainéants, ce sont eux qui travaillent le plus car quand ils trouvent la chose qui leur plaît bien, ils doublent la chose parce qu'ils sont impatients que ce soit fini !
La rencontre avec Andy Warhol, ça t'a marqué ?
Pas du tout. Je ne savais pas très bien qui c'était en fait. A part que j'ai vu qu'il en voulait beaucoup à mon cul ! C'était marrant parce qu'il avait un petit badge avec ma photo.
Tu as gardé le portrait qu'il a fait de toi ?
Oui, j'en ai trois même, mais enfin bon.... c'était pas d'une beauté hallucinante ! Une connerie faite sur la nappe, mais il paraît qu'il ne signait jamais ce genre de truc, là il l'a fait. Mais je lui ai pourrit la vie, j'ai fait ma gonzesse "j'veux ci, j'veux ça", et finalement, il n'a pas eu gain de cause ! (rires). J'ai été assez malhonnête sur ce coup là, mais je ne savais pas très bien qui c'était, ce que je regrette un peu maintenant, je savais juste que c'était le type qui avait dessiné le logo des Rolling Stones, mais j'ai juste bouffé avec lui deux fois. J'imagine que les gens qui connaissaient bien ce type, devaient le trouver intéressant. Mais il avait l'air de quelqu'un de très pervers, assez curieux, le mec un peu bizarre par certains points de vues. Mais bon, de prime abord, je dis toujours "vive la bizarrerie et tous les gens qui sont inhabituels", il en faisait partie de toute évidence.
La part des anges, c'est un clin d'oeil à la musique que tu as déjà inventé il y a 20 ans, une reprise de toi en quelque sorte, et aussi un clin d'oeil à la présence de la religion dans ton enfance avec le "Je vous salue marie", pourquoi une telle chanson ?
C'est ça, c'est un clin d'oeil à mon enfance et à aussi me foutre de leur gueule.
Tu te fous de la gueule de tout le monde finalement ?
Non non... mais des curés et des religieux en général, quel que soit la religion, évidemment. Pour moi ce sont tous des idiots. Je trouvais ça marrant de faire un "Je vous salue Marie" en dance music (rires).
Et puis il y a bien des nonnes qui font des albums aussi...
Oui ! En plus j'ai appris que Monseigneur Lustiger et toute sa bande avaient trouvé ça très bien en fait. C'est rigolo parce que ça a été censuré par toutes les radios, tout le monde a dit poliment "on ne passera jamais ça parce qu'on ne veut pas d'emmerdes". Mais les cathos n'ont pas vu que je me foutais de leur gueule. Même radio Notre Dame l'a passé à gogo !
T'as vu, il y a Britney Spears et Céline Dion, entre autres, vont enregistrer un album avec les paroles du Pape...
Olala... mais elles, je pense que c'est au premier degré, que c'est très grave, et qu'elles espèrent être reçues par le Pape et faire deux photos avec lui. C'est complètement délirant... mais là on parle d'abrutis !
Les instrumentaux ont toujours été très présents et ont même été les premiers à être pressés. Tu aimes l'écriture tout de même ou c'est vraiment pour faire plaisir musique + texte = chanson ?
J'adore ça, c'est ma forme de liberté. Ca faisait longtemps que j'en avait pas fait, et souvent t'as un truc qui sonne bien et où tu te dis que des mots l'alourdiraient ou ne sont pas nécessaires. Sur "La part des anges", ce sont des cloches avec une rythmique qui tourne, et j'avais pas envie de mettre des mots. Le titre suffisait. Je trouve que souvent on se prive de ce genre de liberté parce que ce n'est pas très académique de balancer un truc instrumental et encore moins de démarrer le disque par ça. Je me suis en fait rendu compte que beaucoup de personnes adoraient. Donc celui là, je vais peut être le sortir en single je pense en septembre pour finir avec cet album là, en faisant un clip un peu psychédélique, un peu léger. Et inversement, parfois tu peux écrire un texte ou la musique n'est presque pas nécessaire, ou alors en second plan, ça arrive aussi.
Est-ce que tu t'attaches aux instants ? Je dis ca à cause de l'enregistrement du Sud le jour même de la mort de Nino ?
J'étais vraiment ému. Je ne savais pas que ça enregistrait. Mais l'ingénieur avait suivit mes consignes hitlériennes qui consistent à dire qu'au moindre son, il faut tout le temps que ce soit en record. C'était pour voir les accords, je pensais le faire de façon très construite, on regardait comme ça au piano. Tout le monde l'a trouvé bien comme ça. C'était bien de faire un truc discret, mais c'était un pur hasard que je sois en studio.... sinon je ne sais pas si je l'aurais fait. C'est un peu comme l'autre jour où j'ai appris la mort de Frédéric Dard, je savais qu'il n'allait pas bien, mais j'aime énormément ce gars là, ça m'a fait un truc très bizarre, et il est très probable que si j'avais été en studio à ce moment là, j'aurais déliré sur un truc à lui.
Tu profites un peu des émotions que tu peux avoir dans la vie pour les mettre sur tes disques...
Je ne fais que ça, tout est autobiographique, tout existe ou a existé.
T'as tout de même pas besoin de la mort des gens pour faire des chansons !
Bien sûr que non, mais malheureusement, c'est une des émotions qui peut nous arriver. Quand quelqu'un que tu aimes bien meurt, il y a des gens qui ne disent rien et ils y a des gens qui parlent, parce que ça fait partir la douleur aussi. Je pense que quand il y a des beaux textes ou des belles musiques, ça vient de quelque chose que tu connais un peu, instinctivement... ça ne vient pas de n'importe où.
Que tu t'appropries aussi en quelque sorte...
Bien sûr. C'est le côté un peu impudique de ces trucs là. Mais à partir du moment où c'est réussit, ca ne devient plus impudique. Ca fait longtemps que je me paye une analyse sur le dos du public, et j'ai même appris à jouer de la guitare sur leur dos, et ainsi de suite... en direct live sur scène ! ce qui fait que ça m'évite de trop pencher vers ce déséquilibre évident qu'on a tous.
Je te cite : "La musique et le cognac, c'est pareil". Qu'est ce qui te saoule le plus vite ?
Heu... c'est vrai que ça c'est une bonne question.... (silence). Ca dépend parce que dans les deux cas, c'est à bien utiliser. Tu peux boire systématiquement du cognac, mais pas par tonneaux, il faut goûter, prendre le meilleur...
Le savourer...
Exactement. Et la musique, c'est pareil, si tu commences à faire l'espèce d'industriel qui en fait douze tonnes, tu as envie de vomir à la fin. Mais c'est très comparable. Comme tout truc d'une grande qualité, il faut être plus gourmet que goinfre.
Quels sont les groupes que tu écoutes en ce moment ?
En ce moment, c'est plutôt Chopin ! (rires). En fait, j'écoute tout et rien. J'ai le temps de rien écouter en fait en ce moment.
Alors qu'est-ce tu n'écoutes plus ?
Il n'y a rien que je n'écoute plus, il n'y a que des trucs que je n'écoute pas. Les musiques que j'aimais quand j'étais môme, je les aime bien encore maintenant. Dès qu'il y a un nouveau CD d'Iggy Pop, je l'écoute immédiatement avec plaisir. Donc ça va d'Iggy Pop à Chopin en passant par Françoise Hardy, Les Valentins. J'aimais bien aussi Air, je trouve ça assez planant, même si c'est un peu surfait, mais il y a une espèce de liberté qui est bien. C'était assez gonflé de faire un truc pas vraiment instrumental, pas vraiment des chansons, mais ça sonne bien.
C'est un peu à l'image de Moby qui marche pas mal en ce moment.
Ouais, ça à l'air pas mal, mais Moby, je sens trop où sont prises les choses. Parfois c'est gavant, mais peut-être parce que j'ai trop de culture musicale. Pour les gens qui écoutent comme ça maintenant, ils trouvent ça super.
Les jeunes qui achètent ce CD n'ont certes pas le même vécu et la même culture que toi...
Bien sûr, mais quand j'entends un morceaux, j'entends en même temps la grille d'accords. J'entends la réverb... Je connais le mode d'emploi, mais ça va en s'aggravant quand tu sais où ils ont pris quoi. Tu fais écouter ça aux Valentins, ils vont te dire la même chose.
Comment ta conception de la chanson Pop parfaite a t-elle évoluée depuis vingt ans ?
Elle n'a pas évolué je crois. A mon avis, il faut se dire que tout est permis, et que plus il y a d'anomalies, parfois mieux c'est. Et puis en même temps j'aime bien certains trucs quasiment classique, traditionnel. J'ai un critère qui est très simple, c'est "Je suis ému, ou je ne suis pas ému". Ca paraît très con parce que ça ne veut rien dire, mais en fait c'est très précis.
Quand tu regardes ta carrière, de quoi es-tu fier, de quoi es-tu honteux ?
Je suis honteux de rien. En revanche, il y a un ou deux mauvais trucs que j'ai fait, mais j'en suis pas honteux. Je pense à l'album qui s'appelle "Une idée derrière la tête" qui est complètement raté à mon avis, mais les chansons auraient pu être bien... Quand tu penses à un album en entier, tu le réécoute peu de temps après, il y a toujours une ou deux chansons qui te font chier, qu'on aurait pu se passer de mettre. C'est rare de toute façon de réussir dix chansons sur dix. Donc c'est pareil sur une dizaine d'albums...
Cette image de dandy, qu'est-ce que tu en penses maintenant ?
J'ai jamais su ce que ce mot voulait dire. J'ai souvent lu ça dans les journaux, mais il y a douze définitions et pas deux qui se ressemblent. Personnellement je m'en fout, tant qu'on ne me traite pas d'idiot, de crétin ou d'enfoiré...
On te verra sur le prochain album des Valentins ?
J'avais une petite idée pour eux... j'attends l'appel d'Edith. Il est temps pour eux qu'ils bossent directement pour eux. Ils ont enchaîné Bashung, Etienne, Axelle, moi... ce sont des gens très bien, hormis moi...
C'est un peu dommage d'ailleurs qu'ils soient autant reconnus sur leurs collaborations et pas assez dans leur carrière solo.
Oui, mais c'est toujours le problème des opportunités, c'est dommage et pas dommage à la fois. Quand de belles choses se présentes, ce serait con de ne pas le faire. C'est le problème d'avoir plusieurs marques de caviar sur ta table, et en fait il faut absolument les goûter tous sinon ce serait dommage ! Je pense qu'ils ont raison, mais ils vont se déchaîner sur leur prochain album, ça risque d'être vachement bien. Les collaborations dont on vient de parler, ça a dû leur amener beaucoup de choses intéressantes, beaucoup d'expérience musicale, donc ils vont aller à l'essentiel. Un album auquel j'espère bien participer, en tant que paresseux, sur un morceau.
Isé
23/06/00
Retour au Tableau Pop Française
Pour nous envoyer un mail... :