YANN TIERSEN

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INTERVIEW

Une précision tout d'abord sur qui est Yann Tiersen...

Je suis né à Brest, mais après, je suis allé à Rennes à l'âge de trois ans. Au début, j'ai fait un peu de violon et de piano au conservatoire de Rennes, et j'ai arrêté assez vite, à treize ans. Puis je me suis mis à la guitare, j'ai joué dans des groupes avec des copains, et petit à petit je suis revenu à des choses un peu plus acoustiques, maintenant c'est l'inverse, je reviens à des choses un peu plus électriques.

Le conservatoire t'attirait quand tu étais tout petit...

Oui, j'avais vraiment envie de faire du violon, je ne sais pas trop pourquoi, c'était un peu une lubie, et mes parents m'ont laissé faire ça, mais j'en ai eu vite marre car c'est un milieu assez fermé et j'avais envie de faire autre chose.

Tes parents écoutaient-ils de la musique ?

Mon père oui, il faisait même un peu de piano, mais ma mère pas du tout.

Puis le départ pour Paris...

J'ai vécu jusqu'à mes vingt-trois ans à Rennes. Je pense que c'est toujours sain de bouger de la ville où on a vécu toute son enfance, son adolescence. En plus Rennes est une ville géniale, mais on a tendance à se reposer sur ses lauriers. On peut très bien vivre sans beaucoup d'argent sans subir de pression sociale, justement en étant coupé des réalités, c'est un truc qui me génait un peu à Rennes. Quand on arrive à Paris, ça donne envie de se bouger parce qu'on voit que tout n'est pas rose. Je ne suis pas un fan de Paris, loin de là, mais j'aimais bien ce côté là et le côté multiculturel qu'il n'y a pas vraiment à Rennes. Ce qui est assez bizarre, c'est que quand je suis arrivé à Paris, j'ai commencé à composer à Rennes. Les premiers concerts importants étaient à Rennes et j'étais déjà à Paris. Je n'ai pas rencontré beaucoup de monde, j'avais la paix, je me balladais dans le quartier.

Tu n'aimes pas que l'on dise que ta musique évoque la Bretagne, mais tu ne renies pas tes origines pour autant ?

Tout à fait, ce que je n'aime pas c'est qu'on colle des étiquettes. Dans ce que je fais, la Bretagne a une petite place, mais c'est pas la place principale. J'ai pas envie qu'on classe ce que je fais là dedans, ce serait trop facile, et ce n'est pas la case qui me correspond vraiment.

Tu étais seul, depuis tu tournes avec quelques musiciens, la solitude, tu y tiens toujours un peu?

Au début oui, c'est ce que je trouvais de plus logique parce que je n'avais pas envie de demander à des musiciens de jouer ce que j'avais fait tout seul et que ce soit juste des musiciens qui interpètent un truc. Ensuite j'ai rencontré les Married Monk et là c'est tout à fait autre chose, ils apportent leurs sons, leurs idées et c'est un travail en commun. C'est intéressant et je suis content de ne pas être tout seul. Peut être que j'avais besoin de me prouver des choses tout seul et petit à petit on a envie de s'ouvrir, plus envie de tout contrôler, c'est une liberté qui est nouvelle et que j'aime bien, j'ai l'impression non pas de perdre, mais plutôt de gagner des choses.

Ce soir qui t'accompagnera ?

Claire Pichet et les Married Monk.

Quels sons t'attirent ? Tu utilises aussi bien des sons d'une casserolle que d'un vélo en passant aussi par de vrais intruments de musique.

Justement, j'aime bien me servir de ce que j'ai sous la main, c'est pas n'importe quoi non plus, mais par exemple sur certains morceaux du "Phare" je voulais des percussions et je n'avais rien, donc j'ai pris mes casserolles. Au début je travaillais tout seul, et j'ai eu envie de mettre de l'accordéon et d'autres choses, j'aime aussi bien m'acheter de nouveaux instruments et m'en servir dans ce que je fais. J'ai besoin de faire de la musique, c'est un besoin personnel, après c'est vrai que je suis très heureux si des gens peuvent y avoir accès.

Travailler pour le cinéma, des courts ou longs métrages, ou pour le théâtre, c'était une envie qui venait de toi ?

Non, en fin de compte à chaque fois c'était plus des demandes. Pour le cinéma, la plupart sont des adaptations de morceaux qui existaient déjà. Quand je travaille sur quelque chose d'extérieur j'ai besoin de ramener ça à ma vie ou à ce qui se passe autour de moi. Je ne pourrai pas travailler sur un film que je n'aime pas, c'est sûr. Et je ne veux pas travailler sur les images donc du coup je travaille plus sur l'émotion que je peux avoir en regardant le film ou en lisant un scénario.

Pourquoi ne pas plus utiliser ta voix ?

Sur le dernier je l'utilise un peu plus. Avant j'avais un blocage.

Tu ne l'explique pas ?

Si, quand j'avais quinze ans, je jouais dans des petits groupes et j'avais une voix à chier, donc j'étais resté là dessus ! (rire). J'ai écris des textes en français, je ne voyais personne d'autre les chanter, je ne suis pas un fan de belles voix non plus, donc je les chante.

La rencontre avec Dominique A...

J'avais très envie de travailler avec lui. J'étais vraiment touché par ce qu'il faisait. Il se trouve aussi qu'on a le même tourneur, on s'est rencontré par ce biais là. Lui aimait bien ce que je faisais aussi, donc on a décidé de travailler ensemble.

La scène...

C'est le meilleur moyen de montrer ce qu'on fait. Je pense que si "Le Phare" a aussi bien marché c'est grâce aux tournées, parce qu'on a fait beaucoup de concerts depuis un an 1/2.

Pas de repos en vue ?

Si ! Début août 99, j'arrête.

En écoutant tes albums, c'est un peu s'immiscer dans la vie d'un homme, peut-être la sienne, avec des moments de doute, de calme ou plus enjoués, mais toujours dans une certaine fluidité. Comment les ressents-tu ?

J'ai une façon de travailler assez simple. Tout bêtement je cherche des idées, mais surtout je n'essaie pas de mettre forcément quelque chose dedans. Chaque morceau part d'une toute petite idée, après tout se crée autour, mais c'est toujours un petit instant qui est mit en avant. Quand je me mets à travailler, je n'ai aucune idée de ce que je vais faire, ce n'est pas une démarche de composer absolument, d'avoir un morceau entier dans la tête. Les intrumentaux passent surtout par l'instrument, c'est pas du tout quelque chose de cérébral à la base. Du coup, peut-être que cette façon de travailler fait ressortir des choses plus inconscientes, des choses qui me sont plus proches que si je voulais absolument mettre quelque chose de moi dedans... enfin peut-être ! C'est une collection de petits moments. En revanche, une fois que j'ai tout, je pense énormément à la cohérence entre chaque. Il y a des morceaux que j'aime beaucoup et que je ne mets pas dans l'album parce qu'ils ne vont pas avec les autres. Je préfère faire plein de morceaux, en faire des mauvais aussi... et après choisir. Je n'ai pas le syndrome du morceau ou de l'album idéal. Et finalement ça prend du temps, j'ai envie de prendre un an pour faire les morceaux et avec le temps, avoir du recul, on voit tout différemment.

Très peu de textes... tu ne te sens pas à l'aise dans cet exercice ?

En fait, ça me paraît tout naturel que de ne pas faire que des chansons. Je trouve que des morceaux se suffisent à eux-même et je n'ai pas envie de mettre de la voix dessus.

Partir à Ouessant, c'était pour un besoin d'inspiration ?

Ce n'était pas pour chercher l'inspiration, c'était pour trouver le calme. J'aime bien m'isoler parfois, donc autant trouver un endroit calme, et une île, il n'y a rien de plus calme. Je me sentais bien là-bas, j'y suis allé quand j'étais petit, c'est une île que j'adore donc évidemment je n'ai pas choisi une île au hasard. Quand je suis parti là-bas, j'en avais vraiment marre de Paris, je n'arrivais plus à travailler, du coup d'être là-bas au calme, j'ai fais plein de morceaux, j'en ai gardé très peu... trois je crois... alors que j'en avais fait une quinzaine.

Qu'écoutes-tu chez toi ?

J'écoute surtout du rock. Ce qui m'a donné envie de faire de la musique, c'est quand j'ai commencé à jouer avec des groupes, c'était l'époque de Joy Division ou le Velvet, il y a aussi Sonic Youth en plus récent.

Avec une majorité d'instrumentaux et ce désir de laisser une liberté et pour toi et pour ton public à en faire sa propre représentation, comment peux-tu mettre des titres aussi précis ?

C'est toujours quelque chose qui a un lien soit avec ce qui se passait pendant que je faisais le morceau, soit une certaine ambiance.

Ce soir tu joues à Mâcon, tu as eu le temps de visiter un peu ?

Oui, je me suis balladé, c'est très mignon, j'aime bien quand il y a de l'eau qui passe dans une ville.

Pourquoi parler si peu à ton public ?

Cela varie selon les concerts. C'est plus au coup par coup, parfois ce n'est pas le peine de parler parce qu'il faut parler, puis d'autres fois ça vient tout seul, encore d'autres fois ça vient trop !

Tu sais que quelques sites Internet te sont consacrés... tu est allé les voir ?

Oui j'ai vu ça, un petit peu. Je ne passe pas mon temps à regarder les sites sur moi, mais ça m'intéresse comme support, il y a plein de trucs à faire. C'est pas toujours très intéressant, il y a aussi beaucoup de déchets, mais je suis effectivement équipé.

Isé
24/07/99

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